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Si tout n'a pas péri avec mon innocence

Publié le par GéHa

Si tout n'a pas péri avec mon innocence

"Si tout n'a pas péri avec mon innocence" de Emmanuelle Bayamack-Tam
P.O.L.

Présentation de l'éditeur :

Ce livre raconte comment l'esprit vient aux filles. On y apprendra, entre autres :
- comment naître à neuf ans
- comment survivre à la perte de l'innocence
- comment grandir sans sombrer
- comment aimer l'autre sans souhaiter sa diminution
- comment faire entendre la musique de l'alexandrin
- comment désirer sans fin
- comment remettre sa vie dans le bon sens

Première page :

"Quand ma grand-mère tente de refermer les cuisses, la sage-femme l'en empêche et entreprend de bouchonner sans ménagement son périnée endolori. Ma grand-mère ferait bien d'interroger la signification de cette brutalité, mais comme elle a toujours eu le chic pour profiter des bons moments, elle s'accorde le répit que lui laissent la paix retrouvée de ses viscères et l'escamotage fulgurant de son nouveau-né. Elle promène distraitement la main sur son ventre effondré et a juste le temps d'en percevoir les dernières contractions, la réplique mourante du grand chambardement, avant d'être délivrée d'un placenta dont elle ignorait l'existence et qui s'expulse d'elle en trois soubresauts voluptueux.
Seule, les jambes encore passées dans des étriers archaïques, ma grand-mère est prise d'un rire nerveux. Elle ferait mieux d'interroger aussi le sens de cette solitude, mais à vingt-six ans, elle en sait assez sur la vie pour ne s'étonner de rien et pour admettre que la solitude est notre condition. Tout ce qui lui vient à l'esprit, ce sont les bribes d'une chanson de Nancy Sinatra, «Bang Bang», et le souvenir lumineux et fixe, comme pris au piège miroitant de sa mémoire, de la plage de Sidi Fredj."

Ce que j'en pense :

Le titre est très beau (emprunté à Ovide). Le début est prometteur, le style alerte, original, bien dans la peau de "l'ado". Et puis on finit par se lasser, c'est trop long, beaucoup trop long (même s'il reste quelques très bons passages)

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Esprit d'hiver

Publié le par GéHa

Esprit d'hiver

"Esprit d'hiver" de Laura Kasishchke
traduction Aurélie Tronchet - Christian Bourgois éditeur

Présentation de l'éditeur :

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d angoisse inexplicable. Rien n est plus comme avant. Le blizzard s est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant...

Première page :

"Noël, 20-

Ce matin-là, elle se réveilla tard et aussitôt elle sut : Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
C'était dans un rêve, pensa Holly, que cette bribe d'information lui avait été suggérée, tel un aperçu d'une vérité qu'elle avait portée en elle pendant - combien de temps au juste ?
Treize ans ?
Treize ans !
Elle avait su cela pendant treize ans, et en même temps elle l'avait ignoré - c'est du moins ce qu'il lui semblait, dans son état de demi-veille, en ce matin de Noël. Elle se leva du lit et s'engagea dans le couloir en direction de la chambre de sa fille, pressée de voir qu'elle était là, encore endormie, parfaitement en sécurité.
Oui, elle était là, Tatiana, un bras blanc passé sur un couvre-lit pâle. Les cheveux bruns répandus sur l'oreiller. Si immobile qu'on aurait dit une peinture. Si paisible qu'on aurait pu la croire...
Mais ce n'était pas le cas. Elle allait bien. Rassurée, Holly retourna dans sa chambre et se glissa de nouveau dans le lit près de son époux - mais, à peine allongée, elle pensa encore une fois :
Cela les avait suivis jusque chez eux !"

Ce que j'en pense :

C'est un huis clos étouffant, angoissant mais vraiment fascinant. Thriller intimiste très bien conduit, avec un final inattendu qui reste en mémoire. 

   

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Au revoir là-haut

Publié le par GéHa

Au revoir là-haut

"Au revoir là-haut" de Pierre Lemaitre
Albin Michel

Présentation de l'éditeur :

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...
Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu.
Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Première page :

"Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.

Il s'en rendait bien compte, son refus de croire à l'approche d'un armistice tenait surtout de la magie : plus on espère la paix, moins on donne de crédit aux nouvelles qui l'annoncent, manière de conjurer le mauvais sort. Sauf que, jour après jour, ces informations arrivèrent par vagues de plus en plus serrées et que, de partout, on se mit à répéter que la guerre allait vraiment prendre fin. On lut même des discours, c'était à peine croyable, sur la nécessité de démobiliser les soldats les plus vieux qui se traînaient sur le front depuis des années. Quand l'armistice devint enfin une perspective raisonnable, l'espoir d'en sortir vivant commença à tarauder les plus pessimistes."

Ce que j'en pense :

Drôle, émouvant, parfois macabre, souvent jubilatoire (le narrateur fait parfois quelque clin d'œil au lecteur). C'est un roman très bien écrit, l'intrigue est habile et bien conduite; et nous accompagnons jusqu'au bout les personnages, malgré leur côté un peu caricatural.

  

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La constellation du chien

Publié le par GéHa

La constellation du chien

"La constellation du chien" de Peter Heller
traduction Céline Leroy - Actes Sud

Présentation de l'éditeur :

Quelque part dans le Colorado, neuf ans après la Fin de Toute Chose, dans le sillage du désastre. L'art de survivre est devenu un sport extrême, un jeu de massacre. Soumis aux circonstances hostiles, Hig, doux rêveur tendance chasse, pêche et poésie chinoise, fait équipe avec Bangley, vieux cow-boy chatouilleux de la gâchette. Une routine de l'enfer. Bangley défend la baraque comme un camp retranché. Hig "sécurise le périmètre", à coups de méthodiques vols de surveillance à bord de "la Bête", solide petit Cessna 182 de 1956 toujours opérationnel. Partage des compétences et respect mutuel acquis à force de se sauver mutuellement la vie, ils ont fini par constituer un vieux couple tout en virilité bourrue et interdépendance pudique. Mais l'homme est ainsi fait que, tant qu'il est en vie, il continue à chercher plus loin, à vouloir connaître la suite. A la fois captivant roman d'aventures, grand huit des émotions humaines, hymne à la douloureuse beauté de la nature et pure révélation littéraire, La Constellation du Chien est tour à tour contemplatif et haletant, déchirant et hilarant. Peter Heller orchestre son premier roman comme une virée de la dernière chance pleine de surprises, une réflexion sur la création autant que sur la destruction. Lumineuse et rocailleuse, son écriture semble réapprivoiser le monde à travers la reconquête du langage - comme si pour se sauver, l'humain devait avant tout recouvrer l'art de (se) raconter.

Première page :

"Je laisse tourner la Bête, je garde des réserves d'Avgas 100, j'anticipe les attaques. Je ne suis pas si vieux, je ne suis plus si jeune. Dans le temps, j'aimais pêcher la truite plus que tout au monde ou presque.

Mon nom, c'est Hig, un nom un seul. Big Hig, si vous en voulez un autre.

Si je me suis déjà réveillé en larmes au milieu d'un rêve, et je ne dis pas que c'est arrivé, c'est parce qu'il ne reste plus une truite, plus une. La truite mouchetée, arc-en-ciel, fario, fardée, dorée, plus une.

C'en est fini du tigre, de l'éléphant, des grands singes, du babouin, du guépard. De la mésange, de la frégate, du pélican (gris), de la baleine (grise), de la tourterelle turque. Je n'ai pas pleuré jusqu'à ce que la dernière truite remonte le courant sans doute en quête d'une eau plus froide.

Melissa, ma femme, était une vieille hippy. Pas si vieille. Elle était belle. Dans cette histoire, elle aurait pu être Ève, sauf que je ne suis pas Adam. Je suis plus du genre Caïn. Ils n'avaient pas de frère comme moi.

Vous avez déjà lu la Bible ? Je veux dire, en prenant votre temps comme si c'était un vrai livre ? Allez jeter un coup d'œil aux Lamentations. C'est là qu'on en est, plus ou moins."

Ce que j'en pense :

Évidemment on pense à Cormac McCarthy et à son livre "La route"; en plus "bucolique", plus optimiste mais un peu moins puissant. C'est quand même un livre bien écrit, avec une histoire prenante et des personnages originaux. 

 

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Poète et paysan

Publié le par GéHa

Poète et paysan

 

"Poète et paysan" de Jean Louis Fournier
Le livre de poche

Présentation de l'éditeur :

Après nous avoir conquis et émus avec Où on va, Papa ? et Il a jamais tué personne, mon papa, l’auteur revient avec humour et fraîcheur sur une période de sa jeunesse dans ce récit savoureux. Amoureux fou, il s’est lancé avec détermination et enthousiasme dans les divers apprentissages de la conduite d’une exploitation agricole, pour les beaux yeux de sa promise ? Mais quand on est citadin et poète, la beauté du sillon est parfois plus importante que son tracé, et tout n’est pas rose pour l’impétrant...

Première page :

"Je suis au milieu d'eux, assis autour de la table devant la télévision. Le fermier somnole, la fermière tricote et les filles du fermier lisent des magazines. L'une a des bigoudis, une autre deux rondelles de concombre sur les yeux, une autre se vernit les ongles.

Je m'ennuie.

Nous sommes dans le Pas-de-Calais, dans un petit village qui ne doit même pas être inscrit sur la carte. Il s'appelle Mon-chy. L'ennui suinte du plafond, parfois il tombe lentement des poutres, goutte à goutte, comme du goudron. Difficile de savoir si on est encore le jour ou déjà la nuit. Dehors, il n'y a même pas de paysage. La télévision est en noir et blanc. L'image est pleine de grumeaux et des gens ennuyeux parlent dedans.

Je m'ennuie à mourir.

Pour me sauver, j'ai pris un crayon et un papier blanc."

Ce que j'en pense :

Beaucoup d'humour, de tendresse et d'autodérision évidemment comme c'est souvent le cas chez Fournier. C'est un livre léger avec un regard très décalé sur le monde paysan (actuellement on n'emploierait plus ce terme).

 

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Purgatoire des innocents

Publié le par GéHa

Purgatoire des innocents

"Purgatoire des innocents" de Karine Giebel
Fleuve Noir

Présentation de l'éditeur :

Je m’appelle Raphaël, j’ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. 
Avec mon frère, William, et deux autres complices, nous venons de dérober trente millions d’euros de bijoux. 
Ç’aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. 
Deux morts et un blessé grave. 
Le blessé, c’est mon frère. Alors, je dois chercher une planque sûre où Will pourra reprendre des forces.

Je m’appelle Sandra. 
Je suis morte, il y a longtemps, dans une chambre sordide. 
Ou plutôt, quelque chose est né ce jour-là…

Je croyais avoir trouvé le refuge idéal. 
Je viens de mettre les pieds en enfer.

Quelque chose qui marche et qui parle à ma place. 
Et son sourire est le plus abominable qui soit…

Première page :

"15 h 00 - Paris, place Vendôme.

- Collier en platine, incrusté d'un diamant blanc en poire de huit carats, de deux diamants jaunes de sept et cinq carats et de deux diamants roses de deux carats chacun.
Il a psalmodié avec élégance et distinction. Presque à voix basse, tellement c'est indécent.
Il scrute désormais le visage de la jeune femme, sûr de son effet. Elle a des yeux étonnants, qui le mettent légèrement mal à l'aise. Le gauche est bleu, irisé d'un soupçon de vert. Le droit est marron foncé. Deux bijoux sertis dans un visage délicat à la peau mate. D'ailleurs, elle n'est pas maquillée. Ses yeux n'ont vraiment besoin d'aucun artifice.
Ce collier lui irait à merveille. Toutes les femmes ne sont pas faites pour porter trois millions d'euros autour du cou.
Elle, si.
Maintien de reine, élégance naturelle. Pourtant, elle ne doit pas nager dans le luxe depuis très longtemps. Ça aussi, le bijoutier le sent. Ayant l'habitude de voir défiler les clientes richissimes au milieu de ses vitrines, il distingue bien vite celles qui sont nées dans l'opulence de celles qui viennent d'y accéder."

Ce que j'en pense :

C'est un bon "page-turner", comme disent les anglais. En effet, on veut savoir comment tout cela va se passer et comment ça va se terminer (même si cela manque assez souvent de crédibilité). Il y a de l'angoisse, de la tension, le style est alerte, rapide mais on est très loin de retrouver la force  d'un de ses précédents romans  : "Juste une ombre".  Dans "Purgatoire des innocents…" tout semble beaucoup plus formel (au point d'avoir l'impression que l'auteure a ajouté des pages pour obtenir l'épaisseur d'un vrai thriller)  et, surtout, il n'y a plus cette adéquation entre le style et le contenu qui faisait de "Juste une ombre" un très bon livre.

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Bienvenue à Oakland

Publié le par GéHa

Bienvenue à Oakland

"Bienvenue à Oakland" de Eric Miles Williamson
traduction Alexandre Thiltges - Fayard

Présentation de l'éditeur :

États-Unis, de nos jours. T-Bird Murphy, la quarantaine, fils d’immigrés irlandais, se terre dans un box de parking. On le soupçonne d’un crime qu’il n’a peut-être pas commis.
      Incarnation du quart-monde occidental, T-Bird écrit sa rage. Un long monologue intérieur, animé par les figures de son passé, qui vient tromper sa solitude et mettre des mots sur la violence de l’exclusion.
      T-Bird a grandi dans le ghetto noir et mexicain d’Oakland, une ville industrielle qui rejette les Noirs, les Chicanos et les Blancs pauvres vers les décharges, sur les bords pollués de la baie de San Francisco.
      Pour faire mentir le destin, il a sacrifié à la sainte trinité : études, mariage et consommation. Il a fait tous les petits boulots, vécu dans les pires conditions. Mais on n’a jamais voulu voir en lui que l’enfant de ses origines, fauteur de troubles en puissance.
      Renvoyé à sa misère et du fond du chaos qui l’a englouti, il revendique la déchéance comme nouvelle forme de liberté, et la solidarité comme espérance de dignité.

Première page :

 Rien ne me rend plus heureux que de vivre dans un trou, et je dois dire que j'ai vécu dans des sacrés trous de merde.

J'ai vécu dans des cabanons de jardin qui puaient l'engrais et la tondeuse à essence, dans des entrepôts de matériaux de construction où j'inhalais des gaz d'échappement à longueur de nuit, dans des box soi-disant aménagés mais qui en fait ne l'étaient pas, avec sol en béton et établis branlants contre les murs, dans des relents de pisse de chat et d'opossums crevés. Ou alors, quand je trouvais où me garer sans avoir à me soucier des flics, des voisins, des commerçants et des veilleurs de nuit, je pionçais à l'arrière de mon break.

Mais là, franchement, je suis le plus heureux des hommes.

Je vis dans un garage individuel, au milieu de nulle part, dans ce putain de Missouri. Warrensburg. Deux cents dollars par mois. Le sol en béton est taché d'huile parce que les précédents locataires étaient des Chevy et des Ford.

Ce que j'en pense :

Dès les premières pages le ton est donné et tout le monde s'en prend plein la figure (le lecteur également)… on se demande si on tiendra les 405 pages. Et finalement on tient. C'est dur, violent, très noir, avec de l'humour (très noir lui aussi) mais au final, c'est un livre puissant, de la très bonne littérature "noire" (décidémént, le noir lui va très bien à ce bouquin, mais il y a quand même de belles lueurs surtout vers la fin). 

   

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La bavarde

Publié le par GéHa

La bavarde

"La bavarde" de Hortense Cornin
POL

 Présentation de l'éditeur :

Juliette est sensuelle, affectueuse (quoique malveillante, parfois), belle et sexy. Sur ces points, toutefois, d’autres jeunes femmes la concurrencent. Tandis que, comme bavarde, elle est au-dessus du lot. Rien ne séduit autant Timothée Chorial, sympathique trentenaire qui alterne les piges dans le journalisme et l’électricité. C’est comme si tout le corps de la jeune femme, ses cuisses, sa peau ne cessaient de lui dire : « Viens, viens, viens. »
Juliette est distraite quand elle est amoureuse. Elle a oublié de jouer pour son cher neveu une combinaison du Loto gagnante. Comment l’aider quand c’est trop tard ? Timothée a une carte dans sa manche : Rhuni Dolmax, son ami d’enfance, est devenu président de la République du Wardas. Son pouvoir, certes, ne s’étend pas jusqu’au Loto français, mais rien n’interdit à Timothée de magouiller de son mieux, bavardant ici et là.

Première page :

"Timothée Chorial a quoi, trente-deux trente-trois ans, et il prétend que la chose la plus extraordinaire qui lui soit arrivée ne lui est pas arrivée à lui. C’est que Rhuni Dolmax, son ami d’enfance, a été élu président de la République.

À huit ans, ils étaient inséparables. Chacun fils unique, ils se sont rencontrés à l’école à Paris où résidaient les parents de Rhuni, fuyant la dictature d’Anodré Sanofin, alors dictateur du Wardas. Ce fut un coup de foudre réciproque le jour de la rentrée, ils décidèrent de s’asseoir côte à côte et ne se quittèrent plus. Les parents furent bien forcés de devenir amis aussi, ce qui ne posa aucun problème, car il arrivait sans cesse qu’un des gamins raccompagne l’autre et que les deux passent la nuit dans le même appartement. Les enfants ne savaient jamais le matin chez lequel des deux ils dormiraient le soir, ce qui, à huit ans, est une vie aventureuse, quoique pleine de confort."

Ce que j'en pense :

L'auteure a l'intention de continuer les aventures de Timothée Chorial, après "la bavarde" Timothée va peut être rencontrer "une taiseuse"…. L'intrigue est très simple, le dénouement un peu "embrouillé". Il y a des bons (très beaux) et des méchants (on ne sait pas s'ils sont beaux mais on voit tout de suite qu'ils sont méchants); c'est donc assez simpliste, parfois drôle mais c'est loin d'être transcendant.

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Tout ce qui reste de nos vies

Publié le par GéHa

Tout ce qui reste de nos vies

"Tout ce qui reste de nos vies" de Alain Rémond
Seuil

Présentation de l'éditeur :

Dans ce récit à la fois simple et prenant, porté par une langue musicale, Alain Rémond poursuit la quête qui a fait le succès de ses récits autobiographiques, depuis Chaque jour est un adieu.

Alain Rémond, écrivain et journaliste, tient une chronique hebdomadaire dans Marianne et un billet quotidien dans La Croix.

 Première page :

"Il pleuvait comme si c'était la fin du monde, une pluie longue, épaisse, interminable. Nous étions là, trempés, transis, en quête d'un abri, n'importe quel abri. Nous avions prévu de nous asseoir au soleil, dans l'odeur de l'herbe et le bruissement des feuilles. Après tout, nous étions au mois d'août. Mais voilà qu'il s'était mis à pleuvoir comme il pleut en novembre, quand tout est noir, quand tout est triste et que l'hiver s'annonce. Il n'était même pas question de nous serrer sous un arbre, tellement cette pluie était sauvage, impitoyable. Alors nous avons cherché un abri, une cabane, une étable, trois planches et un toit de tôle, juste pour être au sec.

Et là, près d'une chapelle, en pleine campagne, nous l'avons vue : une ferme abandonnée, vide et silencieuse, portes et fenêtres fermées, condamnées. À quelques mètres : un grand hangar, au milieu d'un terrain livré aux ronces et aux orties…"

Ce que j'en pense :

L'auteur s'interroge sur les traces que peut laisser une vie : ce qui se voit, se lit, mais aussi et surtout ce qui ne se voit pas, ne se lit pas. Une écriture élégante, sensible où chacun peut retrouver un peu de soi.

  

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Composition française

Publié le par GéHa

Composition française

"Composition française" de Mona Ozouf
folio

Présentation de l'éditeur :

La France a toujours vécu d'une tension entre l'esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l'universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient l'avoir ressentie et intériorisée au cours d'une enfance bretonne. Dans un territoire exigu et clos, entre école, église et maison, il fallait vivre avec trois lots de croyances disparates, souvent antagonistes. À la maison, tout parlait de l'appartenance à la Bretagne. L'école, elle, au nom de l'universelle patrie des droits de l'homme, professait l'indifférence aux identités locales. Quant à l'église, la foi qu'elle enseignait contredisait celle de l'école comme celle de la maison. . En faisant revivre ces croyances désaccordées, Mona Ozouf retrouve des questions qui n'ont rien perdu de leur acuité. Pourquoi la France s'est-elle montrée aussi rétive à accepter une pluralité toujours ressentie comme une menace ? Faut-il nécessairement opposer un républicanisme passionnément attaché à l'universel et des particularismes invariablement jugés rétrogrades ? À quelles conditions combiner les attachements particuliers et l'exigence de l'universel ? En d'autres termes, comment vivre heureusement la «composition française» ?

Première page :

« Va embrasser ton père » : avec cette phrase la peur fait irruption dans ma vie.

Je ne reconnais pas la voix qui la prononce, celle de ma mère pourtant, mais si changée. Je ne reconnais pas la pièce où j'entre, la chambre obscure d'un logement où nous venons tout juste d'emménager. Les femmes qui sont autour du lit me sont inconnues ; leurs sanglots m'accompagnent tandis que je vais de la porte au lit, où un jeune homme est étendu : je le connais bien, et pourtant lui non plus je ne le connais pas, avec sa joue si froide.

Personne ne prononce, et n'a à prononcer le mot mort : la glace de ce contact le fait entrer en moi. Avec lui, la mémoire : je n'ai jusqu'à cette scène que des images fugitives de mon père ; encore ne suis-je pas certaine qu'elles ne sortent pas de l'album de photographies, si souvent feuilleté ensuite, où on le voit debout, où il rit, où il me tient dans ses bras, sur fond d'un beau paysage d'hiver; quelques semaines donc avant sa mort. Mais chaque fois qu'il revient dans mes souvenirs, je le vois allongé, immobile, dans le demi-jour de cette chambre inconnue : il est là, et en même temps pas là, passé derrière une porte invisible.

Ce que j'en pense :

Plus qu'une biographie romancée c'est une étude sur ce que signifient des mots comme République, identité, culture régionale. C'est certainement un bon livre mais je ne l'attendais pas aussi "théorique".

 

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