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O Solitude

Publié le par GéHa

O Solitude

"O Solitude"  de Catherine Millot
Gallimard (L'infini)

Présentation de l'éditeur :

« L'impatience heureuse des commencements. L'horizon est un cercle parfait, la mer est déserte, vide comme la page blanche qui m'attend, comme les jours à venir, avec juste le soleil et la mer, et les îles. Et le soleil se lèvera sur la mer, se couchera sur la mer. Je pourrai sortir le matin sur le pont le regarder se lever jusqu'à ce que l'aube grise devienne la rose aurore, et ensuite me rendormir, tout enclose dans la beauté du jour naissant. Le bonheur se confond avec la mer et le soleil et l'écriture à venir, les longues matinées d'écriture, le temps rendu à sa liberté. »

Écrivain et psychanalyste, Catherine Millot est l'auteur de quatre livres parus dans la collection L'Infini aux Éditions Gallimard : La Vocation de l'écrivain (1991), Gide Genet Mishima (1996), Abîmes ordinaires (2001) et La Vie parfaite (2006).

Extrait :

"L'ampleur des dégâts, j'en pris la mesure pendant le voyage de retour que je passai prostrée sur la banquette du train, dans une chaleur accablante. Tout était perdu, peut-être avais-je moi-même tout gâché en perdant mes moyens. Le cercle vicieux de l'échec, ou comment on peut être l'artisan de son propre malheur, m'apparaissait dans toute son horreur, sa fatalité. Une machine infernale. J'étais terrassée, atterrée.

Je ne sais plus comment j'ai terminé l'été. J'ai dû reprendre la lecture d'A la recherche du temps perdu que j'avais commencé à dévorer en juillet, avant de partir pour le Club Med. J'avais lu avec une passion que je n'avais jamais connue, ne m'arrêtant que pour les repas à la table de famille, lisant tard dans la nuit, reprenant dès le réveil, ne mettant plus le nez dehors, ne parlant plus à personne, entièrement absorbée, engloutie dans cette lecture, dans cette passion."

Ce que j'en pense :

C'est une belle réflexion autour de la solitude (mais pas un roman), pleine d'érudition et de références à des auteurs intéressants (Barthes, Quignard, Rilke...); mais c'est également d'un égocentrique très énervant. Ce livre, plébiscité par la plupart des critiques, m'a profondément déçu.

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A l'enfant que je n'aurai pas

Publié le par GéHa

A l'enfant que je n'aurai pas

"A l'enfant que je n'aurai pas" de Linda Lê
Les affranchis NiL

Présentation de l'éditeur :

Écrire pour donner la vie ; après le triomphe de Cronos, Linda Lê s'approprie l'écriture autobiographique dans un exercice de liberté d'une puissance étourdissante.

Première page :

"Toi, l'enfant que je n'aurai pas, je me demande quels traits auraient été les tiens si je t'avais donné le jour : anguleux comme ceux de mon père ou flous comme ceux de cet homme, S., que j'ai aimé cinq ans durant, avec une étonnante constance, et qui me disait avoir la fibre paternelle ? Mon épanouissement, à l'en croire, passait par l'enfantement, être mère m'aurait apporté la sérénité qui me faisait défaut. J'aurais franchi un cap, bazardé l'attirail du scepticisme, renquillé mes postulats péremptoires, prisé les demi-teintes, diapré mes matins blêmes. J'avais avec S. de longues conversations et de brèves disputes d'où il ressortait toujours que j'avais tort de persister à ne pas me perpétuer." 

Ce que j'en pense :

L'auteure affirme avec force son désir de ne pas enfanter et écrit quelques pages pleines d'amour pour cet enfant qu'elle n'aura pas. Ecriture à la fois profonde et délicate. Lecture troublante.

  

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Retour à Reims

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Retour à Reims" - Didier Eribon
Fayard

Présentation de l'éditeur :

Après la mort de son père, Didier Eribon retourne à Reims, sa ville natale, et retrouve son milieu d'origine, avec lequel il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Il décide alors de se plonger dans son passé et de retracer l'histoire de sa famille. Évoquant le monde ouvrier de son enfance, restituant son ascension sociale, il mêle à chaque étape de ce récit intime et bouleversant les éléments d'une réflexion sur les classes, le système scolaire, la fabrication des identités, la sexualité, la politique, le vote, la démocratie... Réinscrivant ainsi les trajectoires individuelles dans les déterminismes collectifs, Didier Eribon s'interroge sur la multiplicité des formes de la domination et donc de la résistance. Un grand livre de sociologie et de théorie critique.

Didier Eribon est professeur à la faculté de philosophie, sciences humaines et sociales de l'université d'Amiens. Auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Réflexions sur la question gay (Fayard, 1999), il a été le lauréat 2008 du prestigieux Brudner Prize, décerné chaque année par l'université Yale.

Première page :

"Longtemps, ce ne fut pour moi qu'un nom. Mes parents s'étaient installés dans ce village à une époque où je n'allais plus les voir. De temps à autre, au cours de mes voyages à l'étranger, je leur envoyais une carte postale, ultime effort pour maintenir un lien que je souhaitais le plus ténu possible. En écrivant l'adresse, je me demandais à quoi ressemblait l'endroit où ils habitaient. Je ne poussais jamais plus loin la curiosité. Lorsque je lui parlais au téléphone, une fois ou deux par trimestre, souvent moins, ma mère me demandait : « Quand viens-tu nous voir ? » J'éludais, prétextant que j'étais très occupé, et lui promettais de venir bientôt. Mais je n'en avais pas l'intention. J'avais fui ma famille et n'éprouvais aucune envie de la retrouver.

Je n'ai donc connu Muizon que tout récemment. C'était conforme à l'idée que j'en avais conçu : un exemple caricatural de « rurbanisation », un de ces espaces semi-urbains en plein milieu des champs, dont on ne sait plus très bien s'ils appartiennent encore à la campagne ou s'ils sont devenus, au fil des ans, ce qu'il convient d'appeler une banlieue..."

Ce que j'en pense :

Un très bon livre où se mêlent autobiographie et critique sociale. Il raconte sa victoire contre sa condition modeste, ses combats en tant que gay et finalement son respect et sa reconnaissance pour ce "monde" ouvrier dont il a eu honte pendant une grande partie de sa vie.

Belle leçon de sociologie et de politique


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Le loup des steppes

Publié le par GéHa

Le loup des steppes

Le loup des steppes - Hermann Hesse - traduction Alexandra Cade
éditions Calmann-Lévy

Présentation de l'éditeur

Publié pour la première fois en 1927 et maintes fois depuis dans toutes les langues du monde, Le Loup des steppes, roman culte de la génération de 68 est l'œuvre de Hesse la plus connue et en même temps la plus mal comprise, d'après la voix même de son auteur. Il conte les heurts d'un « marginal » avec le monde moderne. Déchiré entre culture et nature, l'éternel outsider Harry Haller s'installe dans une maison bourgeoise urbaine, fleurant bon l'encaustique et la propreté, afin de poursuivre de vagues recherches. Profondément déprimé, en pleine crise existentielle, il flirte avec l'idée du suicide, mais rencontre une prostituée qui l'entraîne dans une aventure plus philosophique qu'amoureuse. Avec quelques autres personnages de son monde interlope, elle semble lui offrir la possibilité de réconcilier les deux extrêmes de son être : son côté loup solitaire, ascète et anti-social, et sa fringale de la sensualité, la vie. L'étrange pacte entre ces deux êtres se terminera par la mort de l'un d'entre eux. Si le conflit de personnalité de Harry (alter ego de Hermann Hesse) n'est sans doute pas résolu à la fin du roman, la métropole qui est sa toile de fond se transforme en un « théâtre magique », la steppe glacée de la ville se dégèle le temps d'un songe. La traduction précédente datait de 1929 et comporte de nombreuses approximations et contresens. Grâce à la nouvelle traduction d'Alexandra Cade, traductrice de L'Éloge de la vieillesse et de L'Art de l'oisiveté de Hermann Hesse, Le Loup des steppes sera enfin accessible aux lecteurs français dans une version qui respecte scrupuleusement la poésie et les moindres nuances du texte original.

Extrait

"La journée s'était écoulée exactement comme s'écoulent toutes les autres journées. J'avais passé le temps, je l'avais doucement tué grâce à mon art de vivre primitif et farouche. J'avais travaillé un bon moment, consulté de vieux livres ; j'avais souffert durant deux heures, comme souffrent les personnes d'un certain âge ; j'avais avalé un remède, heureux de pouvoir tromper la douleur; j'avais pris un bain brûlant en me laissant pénétrer de sa chaleur bienfaisante ; j'avais reçu trois fois du courrier et parcouru l'ensemble de ces lettres, de ces imprimés sans importance ; j'avais accompli mes exercices respiratoires et négligé par paresse les exercices intellectuels ; j'avais fait une promenade d'une heure et aperçu, se dessinant dans le ciel, quelques petits nuages floconneux, ravissants, délicats et précieux. Ce spectacle était fort agréable, à l'instar de la lecture de vieux ouvrages, du repos pris dans un bain chaud, mais tout compte fait, la journée n'avait pas été vraiment exaltante, vraiment radieuse, elle ne m'avait apporté ni bonheurs ni joies. Elle était tout simplement conforme à l'idée que je me faisais depuis longtemps déjà des journées normales et habituelles ; conforme aux journées modérément agréables, parfaitement supportables, passables et tièdes d'un homme vieillissant et acariâtre ; aux journées sans douleurs, sans inquiétudes spécifiques, sans affliction véritable, sans désespoir, où l'on envisage même froidement, tranquillement, sans émotion ou angoisse particulières, la question de savoir s'il ne serait pas temps de suivre l'exemple d'Adalbert Stifter et de se blesser mortellement en se rasant."

Mon avis :

C'est un livre qui se déguste. L'écriture y est fine, précise et profonde. C'est un roman philosophique où se mèlent le fantastique, le délire, le spirituel.

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Des vents contraires

Publié le par GéHa

Des vents contraires

Des vents contraires - Olivier Adam
Editions de l'Olivier

Présentation de l'éditeur :

Depuis que sa femme a disparu sans jamais faire signe, Paul Andersen vit seul avec ses deux jeunes enfants. Mais une année s'est écoulée, une année où chaque jour était à réinventer, et Paul est épuisé. Il espère faire peau neuve par la grâce d'une retour aux sources et s'installe alors à Saint-Malo, la ville de son enfance.
Mais qui est donc Paul Andersen ? Un père qui, pour sauver le monde aux yeux de ses enfants, doit lutter sans cesse avec sa propre inquiétude et contrer, avec une infinie tendresse, les menaces qui pèsent sur leur vie. Dans ce livre lumineux aux paysages balayés par les vents océaniques, Olivier Adam impose avec une évidence tranquille sa puissance romanesque et son sens de la fraternité.

Les premières lignes :

"Les enfants quittaient la classe un à un, abandonnaient leurs coloriages et se levaient de leurs chaises miniatures pour se pré­cipiter dans les bras de leurs parents sous le regard bienveillant de l'institutrice, une fille timide et fluette à qui je n'avais rien eu à reprocher en presque trois mois. En guise d'adieu, Manon l'avait embrassée sur les lèvres et l'instit n'avait pas bronché, les yeux brillants elle nous avait souhaité bonne chance : aller vivre au bord de l'eau elle nous enviait. J'ai rejoint Manon dans le fond de la pièce, au beau milieu des étals de légumes en plas­tique elle serrait Hannah contre son cœur, elles s'accrochaient l'une à l'autre, inquiètes de se perdre. C'était une gamine pâlotte dont j'ignorais si elle était seulement douée de parole. Je l'avais pourtant accueillie deux ou trois fois à la maison, elles avaient joué tout l'après-midi, planquées sous le tamaris dont les branches tombaient si bas qu'elles faisaient une cabane, je ne les avais vues qu'à peine, le temps de leur servir un verre de lait un bout de pain un morceau de chocolat pour le goûter, elles avaient avalé ça assises à la table en fer rouillée, peinture blanche écaillée par endroits. "

Mon avis :

Un univers gris/noir (comme toujours chez Olivier Adam) mais bordé de tendresse. L'écriture traduit à merveille les émotions et les états d'âme des personnages ainsi que les paysages bretons (St Malo).

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