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Les feuilles mortes

Publié le par GéHa

Les feuilles mortes

Les feuilles mortes - Thomas H. Cook
Gallimard - série noire

Présentation de l'éditeur :

Eric Moore a toutes les raisons apparentes d'être heureux : propriétaire prospère d'un magasin de photos et d'une jolie maison dans une petite ville sans problème de la côte Est, il mène une vie de famille épanouie auprès de sa femme Meredith et de son fils Keith, un adolescent de quinze ans. Cet équilibre parfait va pourtant voler en éclats à jamais... Un soir comme les autres, ses voisins demandent à Keith de garder Amy, leur fille de huit ans. Au petit matin, Amy est introuvable. Très vite, l'attention de la police se porte sur Keith et ce dernier, pataud et mal dans sa peau, se défend maladroitement.

Du jour au lendemain, Eric devient l'un de ces parents qu'il a vus, à la télévision, proclamer leur foi dans l'innocence de leur enfant. Alors que l'enquête de la police se recentre autour de Keith, Eric doit lui trouver un avocat et le protéger contre les soupçons croissants de la communauté. Mais est-il tout à fait sûr de l'innocence de son fils ? Si Keith était coupable, et s'il était prêt à répéter son geste... Quelle devrait être alors la responsabilité d'un père ?

Les feuilles mortes est le récit d'une confiance brisée et celui des efforts héroïques d'un homme pour retenir coûte que coûte les liens qui l'unissent à tous ceux qu'il aime.

Les premières lignes :

"Quand vous songez à cette époque, c'est sous forme de photos. Vous revoyez le jour où vous avez épousé Meredith. Vous vous tenez tous les deux sur le perron de la mairie par une belle journée de printemps. Elle se blottit contre vous dans sa robe de mariée, sa main glissée sous votre bras. Elle porte un petit bouquet sur sa. robe. Au lieu de regarder l'objectif, vous ne vous quittez pas des yeux. Votre regard pétille et l'air danse autour de vous.

Vous effectuez quelques petits voyages avant la naissance de Keith. Vous vous revoyez en radeau sur le fleuve Colorado, au milieu des éclaboussures ; éblouis par le feuillage d'automne du New Hampshire; au sommet de l'Empire State Building, où vous faites l'imbécile devant l'appareil, pieds écartés, poings sur les hanches, comme le maître de l'univers. Vous avez vingt-quatre ans, elle vingt et un, et votre confiance l'un dans l'autre est si totale qu'elle confine à l'impudence. Vous n'avez peur de rien. L'amour, pensez-vous alors, est une armure invincible.

Keith apparaît pour la première fois au creux du bras de Meredith. Elle gît sur son lit de maternité, une pellicule de sueur sur le visage, les cheveux en bataille. Le bébé est enveloppé dans un drap. La photo a été prise de profil, et l'on voit sa minuscule main rosé se tendre instinctivement..."

Ce que j'en pense :

Très bon livre "noir" où le soupçon ronge de l'intérieur un homme qui remet en cause sa vie de père (et de fils). On assiste à la destruction d'une cellule familiale qui apparaissait pourtant (presque) parfaite.

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L'amant des morts

Publié le par GéHa


L'amant des morts

Quatrième de couverture :

Jérôme Alleyrat avait seize ans quand son père prit l'habitude de coucher avec lui, et lui avec son père. La mère a décidé de s'enfuir. Quand il arrive à Paris, un matin de septembre 1991, il a vingt ans.

À cette date, l'épidémie de sida bat son plein. Peu concerné par cet événement, tout entier concentré sur la quête d'un plaisir qui frôle l'anéantissement de soi, Jérôme est arrêté au beau milieu de son accomplissement par l'irruption sous son toit de la maladie, en l'espèce : son voisin de palier qu'il recueillera, soignera, accompagnera jusqu'à la fin. De cet épisode fondateur découlera l'orientation de sa vie tout entière.

Sa trajectoire remet au centre de notre attention ce qui désormais a disparu derrière le rideau de fumée de la réification triomphante : le goût du sexe, l'élan vers l'autre, la tentation du bien...

 

Les premières lignes :

"Le père, de temps à autre, couchait avec le fils. La mère ne voyait pas. Il fallait en finir avec les lois de la besogne, mais ça recommençait toujours. Chaque fois, pourtant, s'annonçait comme la dernière, mais invariablement le petit jour le cueillait, aveuglé, avec au creux du ventre la chaleur qui contracte les muscles, le déposait dans les bois plein d'une rage informe à son endroit qu'il s'entendait à dissiper dans la plainte continue des tronçonneuses et le fracas des arbres entaillés. Il allait donc falloir recommencer.

Le fils, de temps à autre, couchait avec le père. La mère ne voyait rien. Il fallait bien répondre, et ça ne cessait pas. Les élans adultes, brusques du père avaient éveillé au creux du fils un écho aussi obscur qu'ancien d'animalité, un besoin de sueur séchée, de salive et de sperme venu du fond des temps. C'était effrayant, mais souverain. Ils étaient au désert, cernés par la nuit, le vent des solitudes. On s'occupait de pulsions ataviques, on sculptait le revers invisible des jours industrieux et mornes.

La première fois, s'étant jeté de tout son long sur le dos dégagé de son gamin ensommeillé, le père avait fiévreusement cherché sa bouche, par précaution, pour y plaquer la main et s'assurer le concours du silence. Mais le fils avait saisi la main, l'avait placée sur sa nuque, dans un consentement tendant à l'abandon, avec un détachement dissimulé dans un soupir qui aurait dû alerter le père s'il avait été en mesure de prêter attention à autre chose qu'à la pulsion hasardeuse qui le tordait en revêtant les traits de la nécessité."

 

 

Mon avis :
Une écriture précise, riche, qui en appelle au lecteur.
Des expressions reviennent régulièrement pour nous mettre au centre d'un constat : "On en est là". C'est un livre qui "creuse" quelque chose en nous.



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