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L'exil et le royaume

Publié le par GéHa

L'exil et le royaume

"L'exil et le royaume" - Albert Camus
folio

Présentation de l'éditeur :

Dans les épaisseurs de la nuit sèche et froide, des milliers d'étoiles se formaient sans trêve et leurs glaçons étincelants, aussitôt détachés, commençaient de glisser insensiblement vers l'horizon. Janine ne pouvait s'arracher à la contemplation de ces feux à la dérive. Elle tournait avec eux, et le même cheminement immobile la réunissait peu à peu à son être le plus profond, où le froid et le désir maintenant se combattaient.

Première page :

"Une mouche maigre tournait, depuis un moment, dans l'autocar aux glaces pourtant relevées. Insolite, elle allait et venait sans bruit, d'un vol exténué. Janine la perdit de vue, puis la vit atterrir sur la main immobile de son mari. Il faisait froid. La mouche frissonnait à chaque rafale du vent sableux qui crissait contre les vitres. Dans la lumière rare du matin d'hiver, à grand bruit de tôles et d'essieux, le véhicule roulait, tanguait, avançait à peine. Janine regarda son mari. Des épis de cheveux grisonnants plantés bas sur un front serré, le nez large, la bouche irrégulière, Marcel avait l'air d'un faune boudeur. A chaque défoncement de la chaussée, elle le sentait sursauter contre elle. Puis il laissait retomber son torse pesant sur ses jambes écartées, le regard fixe, inerte de nouveau, et absent. Seules, ses grosses mains imberbes, rendues plus courtes encore par la flanelle grise qui dépassait les manches de chemise et couvrait les poignets, semblaient en action. Elles serraient si fortement une petite valise de toile, placée entre ses genoux, qu'elles ne paraissaient pas sentir la course hésitante de la mouche."

Ce que j'en pense :

Chaque nouvelle pose, à sa manière, la même question : Où est vraiment le royaume ? Grande maitrise dans la construction du récit. L'écriture est d'une très grande qualité. Deux nouvelles m'ont particulièrement plu : "L'hôte" et "Les muets".

A conseiller pour découvrir ou redécouvrir Camus.

   

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Chaque regard est un adieu

Publié le par GéHa

- Nouvelles

"Chaque regard est un adieu" - Georges Bonnet
Le temps qu'il fait

Présentation de l'éditeur :

Avec ce nouveau livre, Georges Bonnet semble chercher dans le noir un sens au bonheur impossible, à la vie empêchée de ses personnages, qui se tiennent presque sans bouger entre une tristesse étale et de brefs éclairs d'espoir. L'impuissance de ces êtres, humblement acceptée, jette sur ces récits une ombre désespérante et contient la menace d'un désenchantement ou d'une fin. Mais l'amour, l'amour tu, l'amour sans attente, y tient pourtant une place centrale, y opère un fragile « rassemblement du temps » et constitue un renfort à la vie.

Le lecteur sera saisi, une fois encore, du sobre talent avec lequel l'auteur tire d'une écriture si dépouillée et probe de telles harmoniques de sentiments véridiques et d'impressions persistantes.

Première page:

"Joachim consulta sa montre-bracelet et secoua négativement la tête, se jugeant incorrigible.
Il serait une fois de plus en retard au service de comptabilité de la grosse société, spécialisée dans la rénovation des bâtiments, qui l’employait depuis plus d’un an.
Il prit son pas de chasseur alpin, choisit le trottoir le moins encombré, s’engouffra sous le porche qui donnait accès à la cour intérieure de l’établissement…
Il suspendit en hâte son pardessus à la patère restée libre, pénétra silencieusement dans le bureau, se glissa entre les tables de ses collègues, jusqu’à sa propre table.
Il savait que le chef comptable, un petit homme ombrageux qui ne l’aimait guère, ferait son rapport à la direction.

À l’heure du déjeuner, une jeune secrétaire inconnue dans le service, vint lui remettre une lettre. On lui signifiait qu’il était congédié. Une enveloppe jointe contenait un chèque correspondant à trois mois de salaire.
Il resta digne, mit la lettre et le chèque dans une poche de sa veste, traversa le bureau en silence, rejoignit ses collègues dans l’étroit vestiaire qui leur était réservé, enfila son pardessus."

Ce que j'en pense :

Belle écriture, élégante. Des histoires chargées de tendresse et d'humanité (avec également une petite dose de mélancolie). Quelques unes de ces nouvelles sont de véritables bijoux.

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