• L'été circulaire

    "L'été circulaire" de Marion Brunet - Le livre de poche

    Présentation de l'éditeur :

    Une petite ville du Midi, ses lotissements, son quotidien morne et ses interminables jours d’été. Jo et Céline, deux sœurs de quinze et seize ans, errent entre fêtes foraines, centres commerciaux et descentes nocturnes dans les piscines des villas cossues de la région. Trop jeunes encore pour renoncer à leurs rêves et suivre le chemin des parents qui triment pour payer les traites de leur pavillon.
    Mais quand Céline tombe enceinte, c’est le cataclysme. Comme elle refuse de livrer le nom de son amant, la rage du père se libère, sourde et violente, tandis que la jeune sœur tente de s’extraire du carcan familial et que la mère assiste, impuissante, au délitement de sa famille. Jusqu’à l’irréparable.

    Première page :

    "Chez eux, se souvient Johanna, une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’apprécier la chose, de dire « t’as de l’avenir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie. Mais aucune d’elles – ni Jo ni sa sœur Céline – n’a jamais gagné aucune partie. C’était mort au départ, atout ou appât, elles pouvaient s’asseoir sur l’idée même du jeu, vu qu’elles n’avaient pas écrit les règles.

    Ce soir, Céline, c’est pas une main au cul qu’elle se prend, c’est une main dans la gueule. Le père, fou de rage, s’en étouffe à moitié. Déjà qu’il n’a pas beaucoup de vocabulaire, là, c’est pire. Il retourne la tête de sa fille de son énorme paluche de maçon ; elle s’écroule sur le sol de la cuisine – un tas de tissu mouillé. Ça fait un bruit bizarre, comme si des petits bouts d’elle s’étaient brisés.

    — C’est qui ?

    Céline est bien incapable de répondre, même si elle avait décidé de parler…"

    Ce que j'en pense :

    En lisant ce roman où on ne cesse de se dire « Ça pourrait être un bon livre, mais il manque quelque chose, ou il y a quelque chose en trop ». L’histoire pourrait être intéressante mais il manque de la chair, de la profondeur. On ne croit pas tout à fait aux personnages (sauf à celui de la sœur). L’écriture essaie de donner corps au désarroi de l’adolescence mais peut parfois prêter à sourire : « …l’enfant endormie près d’elle et ses cercles de parturiente la propulsent en altitude… »

    L'été circulaire

     

     

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  • Zébu boy

    "Zébu Boy" de Aurélie Champagne - Monsieur Toussaint Louverture

    Présentation de l'éditeur :

    Madagascar, mars 1947, l’insurrection gronde. Peuple saigné, soldats déshonorés, ce soir, l’île va se soulever, prendre armes et amulettes pour se libérer. Et avec elle, le bel Ambila, Zébu Boy, fierté de son père, qui s’est engagé pour la Très Grande France, s’est battu pour elle et a survécu à la Meuse, aux Allemands, aux Frontstalags. Héros rentré défait et sans solde, il a tout perdu et dû ravaler ses rêves de citoyenneté. Ambila qui ne croit plus en rien, sinon à l’argent qui lui permettra de racheter le cheptel de son père et de prouver à tous de quoi il est fait. Ambila, le guerrier sans patrie, sans uniforme, sans godasses, sans mère, qui erre comme arraché à la vie et se retrouve emporté dans les combats, dans son passé, dans la forêt.

    Roman de la croyance, du deuil et de la survie, Zébu Boy fait naître les fleurs et se changer les balles en eau. Tout entier traversé d’incantations, ce premier roman qui oscille entre destin et pragmatisme, est porté par une langue puissante et fait entendre la voix mystérieuse qui retentit en chaque survivant.

     

    Première page :

    "Quarante-quatre fois treize. Moins soixante-quatorze. Moins soixante. Il trancha :

    « Il m’en faut cent… »

    Un caisson de bois au milieu de la pièce faisait office de guéridon. Ambila y posa une liasse de billets de vingt et tenta vainement d’ériger en piles un tapis de pièces éparses :

    « Quatre cents francs… C’est ce que j’ai. »

    Randrianantoandro éclata d’un rire théâtral.

    « Pour ça, je t’en donne quatre-vingts. Et c’est déjà trop. »

    Ambila se pinça les lèvres. Ses lunettes glissaient sur son nez.

    L’ombiasy était tenu par tous comme le meilleur de l’île. Impossible de repartir avec si peu. Quatre-vingts amulettes. Pas après tout ce chemin. Ni la route à venir. Il insista et, face au refus du sorcier, sortit sa chaussette.

    L’ombiasy resta un moment en arrêt devant les renflements du bas de laine qu’il soupesa d’une main à l’autre. Chaque roulis provoquait un petit bruit sec qui semblait ricocher sur les murs humides. Il vida le contenu sur la caisse.

    Une centaine de dents se dispersa sur le bois au milieu des pièces : incisives, molaires, canines de toute taille et tout aspect. La plupart avaient encore leur émail naturel. Certaines, jaunies de tabac ou d’alcool, paraissaient gâtées, friables. D’autres, serties d’un placage en métal, mouchetées de plombage ou d’amalgame. La plupart étaient composées d’or et roulaient à l’air libre dans un tintement cristallin."

    Ce que j'en pense :

    Voilà un roman original qui évoque de façon documentée le soulèvement de 1947 à Madagascar, insurrection en partie gommée de la mémoire collective en France. En lisant ce livre on pénètre vraiment dans un autre univers social, religieux, culturel…nourri de croyances, de révoltes, de solidarité. C’est parfois déroutant, mais toujours puissant et dépaysant. Cependant la présence d’un lexique pour expliquer les nombreux termes malgaches n’aurait pas été superflue.

    Zébu boy

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  • Ni poète ni animal

    "Ni poète ni animal" de Irina Teodorescu - Flammarion

    Présentation de l'éditeur :

    Carmen apprend la mort soudaine du Grand Poète, sa seule attache à la Roumanie, au moment où elle traverse un rond-point occupé par un peuple prêt à tout renverser. Alors, elle a comme un éblouissement : les souvenirs d’une autre révolution, conduite par ce poète autrefois dissident, lui reviennent, intacts. 
    1989. Elle avait dix ans et écrivait des poèmes à sa « camarade maîtresse» pendant que sa mère, cachée dans la salle de bains, enregistrait des K7 audio à destination d’une amie passée à l’Ouest et que son père échangeait les savons de son usine contre des petits pains. À l’époque, tout cela lui paraissait aussi banal que la folie de sa grand-mère, surveillée depuis toujours par les autorités, ou que les ours des Carpates dont on disait qu’ils mangeaient les enfants. 
    De quel genre de vague à l’âme naît une révolution ? Est-ce une impulsion animale ou poétique ? En conteuse aussi insolite qu’inspirée, Irina Teodorescu puise dans les souvenirs vifs de son enfance pour mettre en scène trois générations de femmes - et quelques animaux à leur suite - que rien ne préparait à voir la grande Histoire tout bousculer.

    Première page :

    "De mon père j'ai hérité ce goût effronté, j'aime rouler de nuit à travers des gangs d'arbres – et il y a un mot dans ma langue natale pour désigner les arbres auxquels je pense, mais pour le traduire, gang est celui qui s'en approche le mieux.

    Avant-hier j'ai appris dans un journal en ligne, puis dans un autre, qu'un grand poète de mon pays était mort. Peut-être n'était-il pas le plus grand, mais je le connaissais personnellement, alors je me suis mise à chercher les détails concernant sa soudaine disparition. Différents journaux annonçaient la triste nouvelle : le grand poète, héros de la révolution, penseur de la première Constitution libre, ex-Premier ministre, journaliste, talentueux homme d'affaires et oenologue, est décédé, enterrement tel jour telle heure, messe, discours, etc.

    Puisque personne n'était au courant de notre amitié, aucun de ses proches ne m'avait appelée pour me dire quand le grand poète avait trépassé…"

    Ce que j'en pense :

    Roman très original dans sa façon d'aborder l'histoire de la Roumanie en 1989 juste avant la chute de Ceaucescu. Ce qu'en révèle Carmen, une fille de 10 ans, est à la fois poétique, décalé mais aussi formaté par la société roumaine de l'époque. Le style d'écriture, avec ses digressions, ses parenthèses, ses incises entre tirets, en ajoute encore aux incertitudes, questionnements et étonnements de l'enfance face à ce monde à la fois inquiétant et séduisant.

    Ni poète ni animal

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  • La demie de six heures

    "La demie de six heures" de Marie-Hélène Lafon -éditions la guêpine

    Présentation de l'éditeur :

    Cette nouvelle est née en Aubrac, pays majuscule. C'est une histoire d'amour. C'est un vertige...

    Marie-Hélène Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Depuis vingt ans ses ouvrages sont remarqués pour leur exigence et leur qualité stylistique (Le Soir du chien, L'Annonce, Les Pays. Joseph, Histoires...)

    Première page :

    "Ils allaient dans les bois de hêtres. Ils entraient dedans. Elle allait la première. Elle était dans son regard, et ça lui faisait chaud dans tout le corps de le savoir derrière elle. Ils étaient comme les bêtes le bois les avalait ils coulaient dans son ventre ils connaissaient les sentiers ils les inventaient ça s'écartait pour eux ils passaient. La terre était souple. Sa peau odorante de feuilles et d'herbes, sillonnée d'insectes infimes, craquetait, crissait, bruissait sous eux. Il lui disait mon petit cheval lisse. Leurs mains étaient d'écorce, d'eau et de vent. Le ciel basculait et le monde, tout autour, menait sa danse sourde. La force du sang cognait dans leurs veines serrées. Ils ne voulaient rien d'autre et la lumière du soir les prenait."

    Ce que j'en pense :

    Juste une nouvelle d’une trentaine de pages dans une toute petite maison d’édition. On retrouve l’écriture fine, ciselée et exigeante de l’auteure de « L’annonce », de « Les derniers indiens », de « Joseph » … ainsi que les paysages rudes du massif central (l’Aubrac en particulier). C’est court mais c’est bon.

    La demie de six heures

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  • Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

    "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" de jean-Paul Dubois - l'Olivier

    Présentation de l'éditeur :

    Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.

    Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.

    Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.

    Première page :

    "Il neige depuis une semaine. Près de la fenêtre je regarde la nuit et j’écoute le froid. Ici il fait du bruit. Un bruit particulier, déplaisant, donnant à croire que le bâtiment, pris dans un étau de glace, émet une plainte angoissante comme s’il souffrait et craquait sous l’effet de la rétraction. À cette heure, la prison est endormie. Au bout d’un certain temps, quand on s’est accoutumé à son métabolisme, on peut l’entendre respirer dans le noir comme un gros animal, tousser parfois, et même déglutir. La prison nous avale, nous digère et, recroquevillés dans son ventre, tapis dans les plis numérotés de ses boyaux, entre deux spasmes gastriques, nous dormons et vivons comme nous le pouvons.

    Le pénitentier de Montréal, dit de Bordeaux pour avoir été construit sur l’ancien territoire d’un quartier éponyme, est situé au numéro 800 du boulevard Gouin Ouest, à la lisière de la rivière des Prairies. 1 357 détenus. 82 mis à mort par pendaison jusqu’en 1962. Autrefois, avant que l’on édifie cet univers de contention, l’endroit devait être magnifique, avec ce qu’il fallait de bouleaux, d’érables, de sumacs vinaigriers et d’herbes hautes couchées par les passages des animaux sauvages. Aujourd’hui, les rats et les souris sont les seuls survivants de cette faune. Et puisque telle est leur nature peu regardante, ils ont repeuplé ce monde clos fait de souffrance encagée. "

    Ce que j'en pense :

    L’auteur sait donner vie à ses personnages même si (et surtout) leur futur est incertain. Le père et le codétenu, en particulier, sont des protagonistes superbes avec leurs folies, leurs passions, leurs fêlures… C’est à la fois drôle et douloureux et c’est écrit avec beaucoup d’élégance et d’émotion, sans pathos. Un bon coup de cœur.

    Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

    Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

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  • Hével

    "Hével" de Patrick Pécherot - série noire Gallimard

    Présentation de l'éditeur :

    Janvier 1958. À bord d’un camion fatigué, Gus et André parcourent le Jura à la recherche de frets hypothétiques. Alors que la guerre d’Algérie fait rage, les incidents se multiplient sur leur parcours. Tensions intercommunautaires, omniprésence policière exacerbent haines et rancœurs dans un climat que la présence d’un étrange routard rend encore plus inquiétant… 
    2018. Gus se confie à un écrivain venu l’interroger sur un meurtre oublié depuis soixante ans. Il se complaît à brouiller les cartes et à se jouer de son interlocuteur. Quelles vérités se cachent derrière les apparences? 

    Première page :

    "On chargeait le bahut quand je l’ai aperçu. Dans le petit matin engourdi de sommeil, une pluie sournoise nous trempait la couenne, André et moi. Sous sa porte cochère, lui nous observait. Il aurait aussi bien contemplé les rails du tramway ou compté les mégots dans les flaques. Ce genre d’occupation qu’on se donne quand on n’en a plus d’autres. Ça le gênait pas de se tourner les pouces en nous regardant prendre l’eau avec nos cageots. À travers le rideau de pluie, on distinguait sa silhouette et le point rouge d’une cigarette. C’est ça qui m’a fichu en rogne. L’idée du tabac au sec quand nos cibiches jouaient les buvards dans nos poches. On ne pourrait pas en griller une avant longtemps et lui restait là, à se les rouler, dans son encoignure.

    Bien trempés, on a chargé encore une pile de cageots. Mon aigreur montait en proportion. « T’as rien d’autre à foutre ? » j’ai lancé. Il s’est décollé de sa porte cochère. J’ai envoyé mon cageot dans le camion et, d’instinct, j’ai gardé les mains libres, planté sous la flotte qui me coulait dans le cou. « Passe-m’en un », il a dit, les bras tendus. Je me sentais con…"

    Ce que j'en pense :

    La guerre d’Algérie est au centre de ce roman même s’il se passe dans le Jura, et cela mérite d’être souligné car c’est plutôt rare. L’auteur nous livre de beaux portraits sans complaisance de gens du peuple dans ces fins d'années 50. C’est écrit sous forme de confession d’un des protagonistes plus de 60 ans après les faits. J’avoue que cela m’a parfois gêné, c'est le seul bémol que j'apporterai à ce roman.

    Hével

    HévelHével

     

     

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  • La plus précieuse des marchandises, un conte

    "La plus précieuse des marchandises, un conte" de Jean-Claude Grumberg - Seuil

    Présentation de l'éditeur et première page :

    Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
    Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons...
    Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
    La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

    Ce que j'en pense :

    Voilà, sous forme de conte, un livre qui nous rappelle de cruelles réalités historiques. C’est écrit de façon originale, souvent ironique mais toujours émouvante. C’est un livre parfaitement compréhensible, à mettre entre toutes les mains, pour ne pas oublier que tout ne finit pas aussi bien que dans les contes.

    La plus précieuse des marchandises, un conte

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  • Bondrée

    "Bondrée" de Andrée A. Michaud - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    À l’été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend que les pièges du trappeur ressurgissent de la terre et qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée.
    Une écriture raffinée au service d’atmosphères angoissantes et de subtiles explorations psychologiques, dans la plus pure tradition de Twin Peaks de David Lynch.

    Première page :

    "Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux États-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond, et une montagne que les chasseurs ont rebaptisée Moose Trap, le Piège de l’orignal, après avoir constaté que les orignaux s’aventurant sur la rive ouest du lac étaient vite piégés au flanc de cette masse de roc escarpée avalant avec la même indifférence les soleils couchants. Bondrée comprend aussi plusieurs hectares de forêt appelés Peter’s Woods, du nom de Pierre Landry, un trappeur canuck installé dans la région au début des années 40 pour fuir la guerre, pour fuir la mort en la donnant. C’est dans cet éden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets…"

    Ce que j'en pense :

    Voilà un polar très original à la fois sur la forme et sur le fond. Au début on peut être surpris par l’écriture qui mêle québécois et américain mais cela fait partie de l’atmosphère voulue par l’auteure. L’intrigue se situe à la frontière américano-québécoise. L’écriture, que l’on peut qualifier d’hybride, traduit bien cette diversité linguistique des protagonistes. Tous les personnages sont étonnants et admirablement campés. J’ai particulièrement apprécié les chapitres où l’auteure donne la parole à Andrée (même prénom que l’auteurs !) une petite fille avec un regard poétique et décalé. C’est rare de lire un polar aussi merveilleusement écrit.

    Bondrée

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  • Pense aux pierres sous tes pas

    "Pense aux pierres sous tes pas" de Antoine Wauters - Verdier

    Présentation de l'éditeur :

    Dans un pays dont on ignore le nom, où se succèdent des dictateurs qui tentent de le moderniser, une sœur et son frère jumeau vivent à la ferme de leurs parents, au milieu des plaines.

    Marcio travaille aux champs avec le père, un homme violent, tandis que Léonora s’occupe de la maison avec sa mère. Ils ont douze ans à peine et leur complicité semble totale, leurs jeux interdits irrépressibles. Mais un soir, alors que leurs corps se rapprochent doucement dans le fenil, le père surgit et voit se confirmer ce qu’il a toujours suspecté.

    Tandis qu’un nouveau coup d’État vient de se produire,  les parents décident de séparer les jumeaux. Commence alors un combat long et incertain, celui de la réinvention de soi et de la quête obstinée de liberté.

    Véritable hymne à la désobéissance, Pense aux pierres sous tes pas est également un cri d’espoir. Et d’amour fou.

    Première page :

    "Le déguisement

    On était nés jumeaux, pourtant mon frère avait toujours été comme un aîné pour moi. Parce qu’il était le garçon et devait s’occuper des cheptels avec Paps, il partait le matin dans les vallées pleines de brume où il n’y avait pas le moindre habitant, mais une forte présence de fleuves. Et, à la seule évocation de ces choses, moi qui n’en pouvais plus d’être enfermée, d’entendre Mams me reprendre de volée quand je rêvais au lieu de l’aider, que j’étais seule et que je rêvais, que je pensais à lui, à mon frère, mon ventre se craquelait d’envie: je rêvais de m’enfuir avec eux et, comme eux, de toucher le ventre des bêtes. L’immensité. Le ciel et les moissons et les sommets.

    Tous les deux, on était encombrants pour eux, et on l’avait toujours été. Au point que Paps aurait préféré ne pas nous avoir et rester toute sa vie comme ça, avec Mams, qui le rendait complètement dingue avec ses hanches en montagne de massepain et ses seins lourds toujours luisants.

    Pour autant, je ne crois pas qu’il nous détestait. Mais le seul fait de nous voir courir devant lui, et parfois simplement de nous entendre, l’irritait à la puissance mille: il mettait des coups de pied dans les chaises, cassait des vases, hurlait, puis se taillait pendant des heures on n’a jamais su où.

    Pauvre Paps."

    Ce que j'en pense :

    Dans ce drôle de roman le lecteur est entrainé dans du burlesque, du poétique, du fantastique, du politique… C’est parfois complètement déjanté à la manière d’un conte utopiste vu à travers les yeux de l’enfance. On peut aussi penser à la traversée des déserts, mythe biblique, recherche d’une nouvelle vie. Et si c’était cela l’avenir de notre planète : revenir à du petit, du local, retrouver une vraie citoyenneté ?

    Pense aux pierres sous tes pas

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  • L'enfant qui

    "L'enfant qui" de Jeanne Benameur - actes sud

    Présentation de l'éditeur :

    Trois trajectoires, trois personnages mis en mouvement par la disparition d'une femme, à la fois énigme et clé. L'enfant marche dans la forêt, adossé à l'absence de sa mère. Il apprend peu à peu à porter son héritage de mystère et de liberté. Avec un chien pour guide, il découvre des lieux inconnus. A chaque lieu, une expérience nouvelle. Jusqu'à la maison de l'à-pic. Le père, menuisier du village, délaisse le chemin familier du Café à la maison vide. En quête d'une autre forme d'affranchissement, il cherche à délivrer son corps des rets du désir et de la mémoire. Et puis il y a la grand-mère, qui fait la tournée des fermes voisines, dont le parcours encercle et embrasse le passé comme les possibles. Porté par la puissance de l'imaginaire, L'Enfant qui raconte l'invention de soi, et se déploie, sensuel et concret, en osmose avec le paysage et les élans des corps, pour mieux tutoyer l'envol.

    Première page :

    "Dans ta tête d’enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complètement là, c’est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment. Maintenant tu te tiens comme tu peux. Sur une crête. D’un côté, les cris du père. De l’autre, le silence. Abrupt. Toute ta vie désormais au bord de quelque chose qui n’a pas de nom. Dans le monde, ta place s’est réduite. Est-ce qu’elle va s’amenuiser encore? Faudra-t-il pour y tenir que tu te réduises juste à un point? À un trait? Tu ne connais pas encore les peintures des maîtres chinois, l’encre déposée par le pinceau, à peine une trace, et le vide. Si tu les connaissais, tu sau - rais que maintenant, c’est toi. Mais il y a ton corps. Même si tu t’apprends à respirer en laissant le moins d’air possible entrer entre tes côtes. Tous tes os sont là…."

    Ce que j'en pense :

    J’aime beaucoup les livres de Jeanne Benameur mais pour celui-ci je suis un peu réservé. L’écriture est toujours aussi magnifique mais elle ne me touche pas vraiment… comme si la forme prenait le pas sur le fond, l’impression de lire presque du Bobin sans beaucoup d’émotion. Et pourtant les premières pages m’avaient mis en bel appétit !

    L'enfant qui

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