• Les loyautés

    "Les loyautés" de Delphine De Vigan - JC Lattès

    Présentation de l'éditeur :

    Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d'innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?

    Première page :

    "HÉLÈNE

    J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries."

    Ce que j'en pense :

    Voilà un très bon roman choral avec 4 personnages. Ils ont chacun leurs blessures plus ou mois visibles. La force de l'auteure c'est de montrer sans juger, d'esquisser sans démontrer, de ne pas tout décrire, de laisser l'histoire continuer après avoir fermé le livre.

    Les loyautés

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  • Ma ZAD

    "Ma ZAD" de Jean-Bernard Pouy - Gallimard série noire

    Présentation de l'éditeur :

    Camille Destroit, quadra, responsable des achats du rayon frais à l'hyper de Cassel, est interpellé lors de l'évacuation du site de Zavenghem, occupé par des activistes. À sa sortie de GAV, le hangar où il stockait des objets de récup destinés à ses potes zadistes n'est plus qu'un tas de ruines fumantes, son employeur le licencie, sa copine le quitte... et il se fait tabasser par des crânes rasés. Difficile d'avoir pire karma et de ne pas être tenté de se radicaliser! 
    Heureusement, la jeune Claire est là qui, avec quelques compagnons de lutte, égaye le quotidien de Camille et lui redonne petit à petit l'envie de lutter contre cette famille de potentats locaux, ennemis désignés des zadistes, les Valter.

    Première page :

    "Emballez c’est pesé.

    Le 16, victoire (passagère).

    Le 17, triomphe (aviné).

    Le 18, la paix (revenue).

    Le 19, la baston (à nouveau).

    Le 21, l’incendie (salauds !).

    La vie sans cesse recommencée.

    Le 16, le tribunal de grande instance a statué. Le projet de la plateforme multimodale de Zavenghem est, en l’état, annulé ainsi que, pour vice de forme, l’enquête d’utilité publique, plombée par trop de manques et de mensonges (euphémisme…). Yarglaaa !

    Dans la foulée, le 16 également, le tribunal administratif, sous la pression des plaintes déposées par de nombreuses associations locales mais aussi nationales, donne trois ans aux initiateurs et prestataires du projet, et notamment la société de BTP Valter & Frères,…"

    Ce que j'en pense :

    Le "héros" s'appelle Camille, comme la plupart des gens de la ZAD de Notre Dame des Landes. J'ai lu ce livre alors que pleuvaient les grenades sur les zadistes de la région nantaise. Avec Pouy, il y a toujours un côté anar, drôle, en colère , déjanté, un peu amer, mais avec une grande culture musicale, cinématographique et politique.

    Ma ZAD

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  • La daronne

    "La daronne" de Hannelore Cayre - Points policiers

    Présentation de l'éditeur :

    Patience Portefeux, 53 ans, deux filles, un chien, un fiancé flic et une vieille mère en EHPAD. Patience trime, Patience est traductrice de l'arabe pour le ministère de la Justice. Des milliers d'heures à transcrire des écoutes entre petits dealers et grands bandits. Puis Patience franchit la ligne jaune : elle détourne une montagne de cannabis issue d'un Go Fast. Sans culpabilité ni effroi. Simplement une petite entorse morale. Et encore.
    Et Patience devient la Daronne.

    Première page :

    "L’argent est le Tout 

    Mes fraudeurs de parents aimaient viscéralement l’argent. Pas comme une chose inerte qu’on planque dans un coffre ou que l’on possède inscrit sur un compte. Non. Comme un être vivant et intelligent qui peut créer et tuer, qui est doué de la faculté de se reproduire. Comme quelque chose de formidable qui forge les destins. Qui distingue le beau du laid, le loser de celui qui a réussi. L’argent est le Tout ; le condensé de tout ce qui s’achète dans un monde où tout est à vendre. Il est la réponse à toutes les questions. Il est la langue d’avant Babel qui réunit tous les hommes.

    Il faut dire qu’ils avaient tout perdu, y compris leur pays. Il ne restait plus rien de la Tunisie française de mon père, rien de la Vienne juive de ma mère. Personne avec qui parler le pataouète ou le yiddish. Pas même des morts dans un cimetière. Rien. Gommé de la carte, comme l’Atlantide. Ainsi avaient-ils uni leur solitude pour aller s’enraciner dans un espace interstitiel entre une autoroute et une forêt afin d’y bâtir la maison dans laquelle j’ai grandi, nommée pompeusement La Propriété. Un nom qui conférait à ce bout de terre sinistre le caractère inviolable et sacré du Droit…"

    Ce que j'en pense :

    Une histoire très originale, avec ce qu'il faut de décalage, d'humour et un petit côté cynique et presque désespéré. Ce livre, très bien écrit, aborde aussi des sujets assez rares dans les polars : les survivants des camps, ce que l'on transmet à ses enfants, la fin de vie dans les maisons de retraite.

    La daronne

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  • Comment j'ai rencontré les poissons

    "Comment j'ai rencontré les poissons" de Ota Pavel - éditions do

    Présentation de l'éditeur :

    Les poignantes mais souvent joyeuses histoires de ce livre composent la tendre chronique d un homme qui se souvient de son père, génial représentant de commerce et grand amoureux de la pêche, géant captivant et charmeur aux yeux de l enfant qu il était. Elles commencent simplement, par ce regard de l enfance, puis elles se développent pour illustrer la prise de conscience d un garçon qui grandit et observe le monde autour de lui. Et si elles reconstituent l'histoire de sa famille, avec en arrière-plan celle de l Europe centrale, elles sont en réalité beaucoup plus que cela : de touchantes méditations sur la vie et la survie, la mort et la mémoire, l'humour, la justice et la compassion.

    Première page :

    "LE PLUS CHER DE TOUTE L’EUROPE CENTRALE

    Avant la guerre, maman avait une envie folle de se rendre en Italie. Ce n’était pas tellement pour voir les statues de Michel-Ange ou les tableaux de Léonard de Vinci, mais plutôt pour se baigner au moins une fois dans une mer tiède. Originaire de Drin près de Kladno, où il n’y avait qu’une pauvre petite mare aux canards sur laquelle flottait une couche épaisse et verte de lentilles d’eau, elle n’avait jamais pu, dans sa jeunesse, profiter d’une bonne baignade. Alors, à chaque printemps, elle posait à papa la même question : — Mon petit Leo, est-ce qu’on y va cette année ? Mon papa Leo répondait généralement que justement cette année nous n’avions pas assez d’argent et qu’à son avis, on serait beaucoup mieux près de Krivoklat, sur la rivière Berounka. Car papa avait bien d'autres préoccupations. Au premier rang de ses intérêts se trouvaient le commerce et les poissons. Il était exceptionnellement doué pour ces deux activités, mais donnait une préférence aux poissons, ce qui était fort préjudiciable tant à notre famille qu’à la maison suédoise Electrolux, où il était représentant en réfrigérateurs et aspirateurs. Parfois il disparaissait carrément de sa tournée et on le retrouvait sur la Berounka avec son meilleur ami le batelier Karel Prosek, à pêcher le brochet en appâtant avec des perches."

    Ce que j'en pense :

    Un peu déçu par ce livre dont on m'avait dit le plus grand bien. Certes, il y a de beaux passages, de l'humour. La vie en Tchécoslovaquie dans ces années avant et après la guerre est assez bien décrite et le personnage du père est magnifique... mais il faut vraiment beaucoup aimer les poissons ! Et, à partir du milieu du livre il nous arrive de nous ennuyer.... j'avoue avoir sauter quelques passages.

    Comment j'ai rencontré les poissons

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  • Une autre saison comme le printemps

    "Une autre saison comme le printemps" de Pierre Pelot - Héloïse d'Ormesson

    Présentation de l'éditeur :

    Devenu un auteur à succès aux États-Unis, où il vit désormais, François Dorall revient en France pour participer à un festival de polar, à Metz. Une nuit, lorsque Elisa, une amie d’enfance, le supplie de retrouver son fils de 9 ans qui a été kidnappé, il a soudain l’étrange impression d’être plongé dans l’un de ses livres. N’est-il pas spécialiste des disparitions mystérieuses ? Dorall hésite, mais ne lui doit-il pas cela ? Le romancier se mue en enquêteur. Et pendant ce temps-là, un petit garçon se dirige vers le Sud en compagnie d’un homme qu’il appelle papa.

    Une autre saison comme le printemps est une histoire qui ne ressemble à aucune autre, où les indices de l’énigme sont savamment distillés au détour des mots. Mais c’est avant tout une interprétation poignante de ce que peut faire l’amour quand la mort l’a privé de son objet.

    Première page :

    "AVANT, LES PRÉS DESCENDAIENT en pente douce jusqu’à la rivière, en dessous de la maison. Des arbres bordaient le cours d’eau. La route passait de l’autre côté, à une dizaine de mètres au plus près de la rive, calquant ses méandres sur ceux de la rivière. Avant, quand les arbres avaient des feuilles, on ne voyait même pas la route.

    Et puis le tout-venant des hommes politiques se retrouva à même de prendre des décisions, et ces gens-là ne s’adressaient plus à des « citoyens » mais à des « consommateurs », des « électeurs », des « automobilistes ». Ces gens-là estimaient manquer leur carrière s’ils n’avait pas à leur actif la création d’une portion quelconque d’autoroute, une voie de contournement ou une zone industrielle.

    Ils tracèrent donc la route de ce côté-ci de la rivière, en plein milieu des prés, ce qui coupa quelques virages, permit aux usagers de rouler un peu plus vite, aux accidents de se multiplier. Au trafic des camions de s’écouler sans discontinuer.

    Un de ces camions avait tué le chien du vieil homme.

    Le chien n’était plus tout jeune. Lui aussi avait vécu le temps où l’ancienne route passait de l’autre côté de la rivière…"

    Ce que j'en pense :

    Voilà une histoire complexe où il est question de revenants, de deuil… mais ce n'est pas un roman fantastique, ni complètement un polar. Difficile de le faire entrer dans une case (c'est souvent le cas chez Pelot). Les retours en arrière sont fréquents. Les indices sont distribués au compte goutte. C'est plaisant à  lire à condition d'accepter de se laisser surprendre.

    Une autre saison comme le printemps

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  • Rêves oubliés

    "Rêves oubliés" de Léonor de Récondo - Points

    Présentation de l'éditeur :

    À l’ombre des pins, ils ont oublié le bruit de la guerre et la douleur de l’exil. Dans cette ferme au cœur des Landes, Aïta, Ama et leurs trois enfants ont reconstruit le bonheur. Dans son journal, Ama raconte leur quotidien, l’amour, la nécessité de s’émerveiller des choses simples et de vivre au présent. Même dans la fuite, même dans la peur, une devise : être ensemble, c’est tout ce qui compte.

    Première page :

    "Aïta est assis sur le lit défait, il tient sa tête entre ses mains. Partir maintenant. Ces mots martèlent sa pensée. Partir maintenant à Irún. Il se lève, fait quelques pas dans la chambre. Il jette un coup d’œil distrait au miroir qui surplombe la commode. Il scrute un instant cette vie qu’il laisse. Pour combien de temps ? Quelques mois, tout au plus. Le temps de retrouver Ama et les enfants. Être ensemble, c’est tout ce qui compte. Il s’approche de la commode et prend une des photos encadrées, celle qu’il préfère, celle qu’il regarde chaque soir avant de se coucher. Il y a Ama et son sourire, Ama et leurs trois fils. Le petit est dans ses bras, les deux autres s’accrochent à sa jupe. Bonheur furtif, piégé sur du papier, volé par lui un après-midi ensoleillé, alors qu’ils se promenaient dans les jardins d’Aranjuez, cette ville qu’il doit quitter. Il sort la photo de son cadre en verre biseauté. Il la caresse du regard, puis la glisse dans la poche de sa chemise."

    Ce que j'en pense :

    C'est un livre rempli de mélancolie et de tristesse. Il y a aussi bien sûr de l'émotion à suivre le parcours de ces exilés espagnols. On se dit que c'est un beau texte mais on ne réussit pas complètement à y entrer comme si tout cela était trop lisse.

    Rêves oubliés

     

     

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  • Une longue impatience

    "Une Longue impatience" de Gaëlle Josse - Notabilia

    Présentation de l'éditeur :

    Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. 

    Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini. 

    Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées. 

    « C’est une nuit interminable. En mer le vent s’est levé, il secoue les volets jusqu’ici, il mugit sous les portes, on croirait entendre une voix humaine, une longue plainte, et je m’efforce de ne pas penser aux vieilles légendes de mer de mon enfance, qui me font encore frémir. Je suis seule, au milieu de la nuit, au milieu du vent. Je devine que désormais, ce sera chaque jour tempête. »

     

    Première page :

    "Ce soir, Louis n’est pas rentré. Je viens d’allumer les lampes dans le séjour, dans la cuisine, dans le couloir. Leur lumière chaude et dorée, celle qui accompagne la tombée du jour, si réconfortante, ne sert à rien. Elle n’éclaire qu’une absence. Dans leur chambre, baignés, séchés, au chaud dans leurs pyjamas aux couleurs douces, les petits sont à leurs  jeux, à leurs leçons, à leur monde. Puis ils ont faim, les voilà à la cuisine, qui me demandent pourquoi Louis n’est pas là. Je ne sais que leur dire. Peut-être vais-je leur expliquer qu’il va arriver ; il sera resté faire ses devoirs chez un ami, ils auront bavardé, il se sera attardé et aura laissé passer l’heure. Et j’essaierai de croire mes propres paroles tout en préparant le repas, en surveillant le four, en disposant les assiettes, les verres, en rangeant la vaisselle superflue empilée sur l’évier, il ne va pas tarder, venez dîner."

    Ce que j'en pense :

    Un livre d'une très belle écriture, légère, poétique, qui nous donne une grande émotion. C'est à la fois d'une immense tristesse et d'un amour considérable, au point de ressembler à une tragédie grecque.  En peu de mots les atmosphères sont présentes, respirables. C'est un très beau portrait de femme, un des meilleurs livres de Gaëlle Josse.

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  • L'art presque perdu de ne rien faire

    "L'art presque perdu de ne rien faire" de Dany Laferrière - Grasset

    Présentation de l'éditeur :

    La nonchalance est une affaire de connaisseur. « J’étais devenu un spécialiste mondial de la sieste », nous révèle Dany Laferrière dès le début de son livre. Cela n’interdit pas de lire et de réfléchir – la sieste y est, au contraire, propice. Elle permet aux pensées de jaillir, s’attachant aux petites et aux grandes choses, aux rêves et aux lectures. Dany Laferrière nous parle d’Obama et de l’Histoire, de ses premières amours nimbées d’un parfum d’ilang-ilang, de Salinger et de Borges, de la guitare hawaïenne, du nomadisme et de la vie – car cet Art presque perdu de ne rien faire est, ni plus ni moins, un art de vivre.

    Première page :

    "Dès qu’on commence à se plaindre que le son est trop fort dans les discothèques, que les policiers sont trop jeunes et qu’ils nous font rire sous cape quand ils prennent cette allure de faux cow-boys, que les voitures roulent trop vite, que les gens ne respectent plus les règles de la circulation et que plus personne ne sait à quoi sert le feu jaune, que la politesse est devenue une forme de flatterie publique, que les femmes qu’on a connues rajeunissent à si folle allure qu’on a l’impression de les croiser en remontant le temps, que les médecins sont devenus insensibles aux états d’âme de patients eux-mêmes survoltés, qu’on n’arrive pas à comprendre ce que disent ces animateurs de la télé qui n’articulent pas et parlent décidément trop vite, dès qu’on se plaint que des gens qu’on connaît à peine vous téléphonent tôt le dimanche matin, qu’il n’y a plus de bons écrivains comme du temps de Malraux et Miller, que le cinéma italien a connu son âge d’or dans les années 60 et qu’on n’aura plus jamais de cinéastes comme Fellini, Rossellini et Antonioni, que Kerouac et sa bande nous semblent décidément trop insouciants pour qu’on les suive aveuglément dans cette joyeuse balade à travers une Amérique qui tente timidement de s’échapper de ces molles années 50, que l’injustice et le racisme restent les deux mamelles du capitalisme comme du communisme, que c’était plus rassurant pour l’équilibre du monde quand la Russie pouvait encore faire face aux États-Unis, dès qu’on ne se souvient plus de ce qu’on faisait le jour de la mort de John Kennedy,…"

    Ce que j'en pense :

    Des réflexions sages, philosophiques au fil de la vie, sur des sujets très divers. C'est à la fois simple et érudit, familier et grave, il y a de l'humour, de l'ironie. Ce n'est pas un livre à lire d'une traite (on risquerait de le trouver trop long) mais il faut l'ouvrir au hasard et déguster quelques pages.

    L'art presque perdu de ne rien faire

    L'art presque perdu de ne rien faire

     

     

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  • De cendre et d'os

    "De cendre et d'os" de John Harvey - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Katherine, la fille de l'inspecteur Frank Elder, est toujours profondément traumatisée par le viol qu'elle a subi de la part d'un criminel que traquait son père. Ce dernier est toujours rongé par la culpabilité. A Londres, le sergent Maddy Birch se remet difficilement d'une arrestation violente au cours de laquelle l'un de ses jeunes collègues a été tué. Depuis ce tragique épisode, elle a l'impression d'être épiée, son cadavre sera découvert quelques semaines plus tard auprès d'une voie de chemin de fer désaffectée. Frank Elder n'a jamais oublié Maddy, ils avaient connu un bref moment de passion amoureuse, il y a seize ans. Alors Frank va accepter de collaborer à l'enquête sur la mort et retrouver le chemin des souvenirs, aux côtés de deux femmes officiers de police, Karen et Vanessa. 

    Première page :

    "Maddy Birch avait bel et bien dépassé le cap de la trentaine. Et même celui de la quarantaine. S'écartant du miroir, elle regarda d'un sale œil les rides qui commençaient à se dessiner aux coins de sa bouche, de ses yeux ; le gris qui s'insinuait dans ses cheveux par ailleurs bruns, presque châtains. A son prochain anniversaire, elle fêterait ses quarante-quatre ans. Inspectrice à la S07, la brigade de répression du crime organisé, elle avait quelques centaines de livres à la banque, et un appartement dont elle n'avait pas fini de payer les traites, situé dans cette partie de Upper Holloway que les agents immobiliers du nord de Londres se permettaient de rebaptiser Highgate Borders. Le bilan était maigre pour une femme qui avait passé la moitié de sa vie dans la police. Les rides mises à part.

    Tirant énergiquement ses cheveux en arrière, elle les noua à l'aide d'un bandeau écarlate qu'elle avait sorti de sa poche. Elle recula d'un pas, jeta un coup d'œil à ses chaussures montantes, au devant de son jean, ferma les attaches en Velcro de son gilet pare-balles, tira une dernière fois sur sa queue de cheval, et regagna la salle principale.

    Le personnel concerné était si nombreux que le briefing avait dû se tenir dans la salle de réunion…"

    Ce que j'en pense :

     Un bon polar qui continue la série des "Elder". On retrouve beaucoup d'ingrédients qui ont fait le succès de John Harvey : l'humanité, l'empathie, la solitude, une approche sociétale assez juste, une tendresse un peu maladroite, les relations familiales complexes... et la Cornouailles, même si elle est moins présente dans ce livre.

    De cendre et d'os

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  • De chair et de sang

    "De chair et de sang" de John Harvey - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    APRES TRENTE ANS DE BONS ET LOYAUX SERVICES DANS LA POLICE DE NOTTINGHAM, L'INSPECTEUR PRINCIPAL FRANK ELDER A DONNÉ SA DÉMISSION. IL S'EST RÉFUGIÉ DANS UN COTTAGE EN CORNOUAILLES, MAIS LE PASSÉ CONTINUE DE LE HANTER. IL NE S'EST JAMAIS REMIS D'UNE AFFAIRE NON ÉLUCIDÉE : LA DISPARITION, EN 1998, DUNE ADOLESCENTE NOMMÉE SUSAN BLACKLOCK. DEUX PSYCHOPATHES CONDAMNÉS À L'ÉPOQUE POUR LE VIOL ET LE MEURTRE D'UNE AUTRE JEUNE FILLE RESTENT POUR L'INSPECTEUR DES SUSPECTS IDÉAUX.
    APPRENANT QUE L'UN D'EUX VA BÉNÉFICIER D'UNE LIBÉRATION, FRANK ELDER S'INTÉRESSE DE NOUVEAU À L'AFFAIRE BLACKLOCK. IL NE SE DOUTE PAS QU'IL VA PLONGER JUSQU'AU COU DANS UN DRAME AUQUEL SERA MÊLÉE SA PROPRE FAMILLE.
    CE PREMIER ROMAN DE LA SÉRIE CONSACRÉE À FRANK ELDER CONFIRME TOUTE L'ÉTENDUE DU TALENT DE JOHN HARVEY, RÉCOMPENSÉ EN GRANDE-BRETAGNE PAR UN DIAMOND DAGGER POUR L'ENSEMBLE DE SON OEUVRE.

    Première page :

    "Caressant et insidieux, le chat lui frôla le visage. Elder, encore aux trois quarts endormi, le repoussa du bras. Quelques instants plus tard, l'animal revenait à la charge, lui donnant des petits coups de tête, son ronronnement sonore résonnant dans le crâne d'Elder. Aiguisées, les griffes du chat pétrirent la chair tendre du haut de son épaule, de sa nuque. Sous lui, l'oreiller exhalait une acre odeur de sueur. Laborieusement, il se tourna pour soulever l'animal et l'écarter de lui. Sous ses doigts, il sentit une fourrure moite aux poils entremêlés, une peau flasque qui pendait, trop ample, sur une cage thoracique étriquée. À travers les fentes des paupières, les yeux brillaient d'une lueur jaune dans la quasi-obscurité.
    Tandis qu'Elder faisait l'effort de se redresser sur son séant, le chat se tortilla entre ses mains et le mordit profondément à la base du pouce. Poussant un juron, Elder laissa l'animal tomber sur le lit d'où il bondit sur le plancher en crachant. Quand Elder porta sa main à sa bouche, le goût de son propre sang lui parut âpre et piquant.
    Et à présent il y avait d'autres chats, en groupes serrés de deux ou trois, qui émergeaient de l'ombre aux confins de la chambre. Elder entendait le souffle un peu rauque de leur respiration sauvage…"

    Ce que j'en pense :

    Un bon polar : du suspens, des personnages avec de l'épaisseur, une grande humanité chez l'inspecteur (et chez les autres policiers), une bonne qualité d'écriture, de la chair (un peu plus que dans la série des Ressnick)… un livre qui donne envie de continuer la série des Elder.

    De chair et de sang

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