• Ton père

    "Ton père" de Christophe Honoré - Mercure de France

    Présentation de l'éditeur :

    «Je m'appelle Christophe et j'étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main.» 
    C'est par cette première phrase que Christophe Honoré nous fait entrer dans le fulgurant autoportrait romancé d'un homme d'aujourd'hui qui lui ressemble mais qui n'est pas tout à fait lui. Lui, le cinéaste, le metteur en scène de théâtre et d'opéra, mais avant tout l'écrivain. 
    Sur le papier que sa fille de dix ans a trouvé épinglé à la porte de son appartement, ces mots griffonnés au feutre noir : « Guerre et Paix : contrepèterie douteuse». Alors, très vite, tout s'emballe et devient presque polar. Qui a écrit ces mots? Qui le soupçonne d'être un mauvais père? Peut-on être gay et père? Le livre nous conduit soudain dans tous les recoins d'une vie mais aussi au cœur de l'adolescence – en Bretagne, avec la découverte du désir, des filles, des garçons, du plaisir, de la drague. 
    Un livre à la fois puissant et énigmatique, d'une merveilleuse liberté, à la mesure de son sujet.

    Première page :

    "Je m’appelle Christophe et j’étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main. Il a agité le papier. Il a agité une punaise dans l’autre main. Il a continué et rapproché ses mains et les a éloignées et un courant magnétique a semblé circuler entre ses bras.

    — J’ai trouvé ça sur la porte d’entrée.

    Il était neuf heures moins le quart.

    — J’ai le droit de dormir un peu plus longtemps un dimanche non ?

    J’étais nu sous la couette et je ne bougeais pas. L’enfant avait gardé son blouson. Il se balançait d’un pied sur l’autre comme un petit garçon qui se retient et il me fixait ; je me suis baissé péniblement vers le parquet, plus péniblement j’ai ramassé mon caleçon, sans ménager mes soupirs, décidé à ne rien prendre au sérieux de si bonne heure, et lui s’inquiétait.

    — Alors ?

    — C’est moi qui suis inquiet. Tu devrais faire attention avec cette punaise parce que tu vas te blesser.

    — Tu ne veux pas lire ?

    — Non et je ne veux pas que tu te crèves un œil.

    — Pourquoi ?

    — Je n’aime pas qu’on abîme mes affaires, vois-tu !"

    Ce que j'en pense :

    Roman (autobiographique?) d'une grande sincérité. L'auteur se pose beaucoup de question autour de la paternité et de l'homosexualité. Il affirme ses choix  et nous montre sa fragilité. C'est à la fois une enquête et un témoignage,  et c'est très bien écrit.

    Ton père

    Ton pèreTon père

     

     

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  • Derniers sacrements

    "Derniers sacrements" de John Harvey - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Douze ans ont passé, pourtant Lorraine Preston s'en souvient comme si c'était hier : son frère dans le box des accusés, la condamnation à perpétuité et la honte. Aujourd'hui Michael Preston va sortir de prison, mais seulement pour quelques heures. il bénéficie d'une permission exceptionnelle afin d'assister aux obsèques de sa mère. son père est déjà mort depuis longtemps, c'est lui qui l'a tué. un acte aussi violent qu'inexplicable. Pour l'inspecteur Resnick, cette libération n'est pas une bonne nouvelle. La présence d'un meurtrier en ville est la dernière chose qu'il souhaite alors qu'il doit faire face à des bandes armées et à une explosion du trafic de drogue. et, comme un signe du chaos ambiant, sa relation avec Hannah Campbell se détériore... Derniers sacrements clôt en beauté le cycle de Resnick qui s'interroge sur les motivations humaines et la nature des sentiments.

    Première page :

    "Cela faisait douze ans qu'elle ne l'avait pas vu. Elle aurait bien voulu, pourtant ; mais elle ne lui avait pas écrit assez souvent, au début, pour lui demander de changer d'avis. Des lettres à destination de Feather-stone, Haverigg, Wandsworth, des Scrubbs. Le suppliant, ou presque. Avec le temps, pensait-elle, il va bien finir par passer l'éponge, par se rendre à de meilleurs sentiments.

    Au début, elle y était allée quand même, s'infligeant les trajets interminables, parfois en voiture, le plus souvent par le train. Non pas pour braver son interdiction, simplement pour être sur place, près de lui, pour partager un peu de la même atmosphère, du même air. De loin, elle observait les visiteuses massées devant les grilles : les épouses, les amantes, portant leurs plus beaux vêtements, coiffées pour l'occasion, maquillage retouché au dernier moment ; d'autres, accablées, entravées, tirant par la main des mômes avachis qui boudent et traînent les pieds. Au moment de la sortie, elle essayait si possible de se mêler à la fournée, d'attraper au vol des bribes de conversation pour son usage personnel. Et puis, tout à coup, elle cessa de faire le déplacement. Au lieu de cela, elle lui écrivit, régulièrement, le premier de chaque mois. Son rituel à elle. Les potins familiaux, des anecdotes concernant les enfants."

    Ce que j'en pense :

    C'est un bon Resnick, on y retrouve son humanisme, son attention à défendre les "laissés pour compte" de la société. On sent également une lassitude chez l'inspecteur et sans doute aussi chez l'auteur, comme s'il était temps de clôturer la série.

    Derniers sacrements

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  • Au fil de ma mère

    "Au fil de ma mère" de Jean-Pierre Sautreau - Opéra

    Présentation de l'éditeur :

    Lignes des semis, lignes des coutures, mon père jardinait, ma mère cousait. Et leur petite graine se pique de semer des mots et coudre des poèmes. Il y a trois ans, je vous invitais dans le jardin de mon père. Aujourd'hui, je vous entraîne au fil de ma mère dans ce même temps d'une vie simple, commune à beaucoup. Une enfance dans les années cinquante, rythmée par le tempo d'une machine à faufiler le bonheur. Ouvrage, à nouveau, subtilement accompagné par les merveilleuses compositions du peintre Camélus.

    Extrait :

    "Il est des objets qu'il ne faudrait jamais retrouver, laisser sous le tapis de l'enfance. Des objets qu'il ne faudrait approcher que des yeux. Ainsi ce dé où je glisse aujourd'hui mon index. Elle s'en couvrait l'annulaire, quand j'en chaussais mon pouce. Il est des objets qu'il ne faudrait jamais renverser sur la page, dans lesquels on peut se noyer, qui contiennent la mère des poissons qui est bien gentille.

    Sans être sa bague au doigt, ce dé faisait alliance avec ma couturière. Heaume étincelant vissé jusqu'au cou, il était son chevalier servant, à la tête de sa phalange. Il la défendait des piques qui le mouchetaient de fossettes et faisait rentrer la griffe du chas dans son fourreau. Parfois, le jeudi, il retournait l'arme, poussait la fine épée dans l'armure d'un coutil, devenant bouchon flottant au fil de son sourire.

    On pense avoir grandi, jeté l'enfant avec l'encrier, puis sortent d'un chapeau nickelé des mon petit lapin, des plus c'est petit c'est mignon d'un pavillon. Il est des objets qu'il ne faudrait jamais réécouter, des grains de voix qu'il ne faudrait jamais remoudre sur la page. Il est des objets qui grondent dans l'oreille. Ainsi ce dé dont je frotte mon blues qui pleure la mère qu'on aime bien avec du citron.

    N'écris pas avec des mots, écris avec des objets et avec des sentiments conseillait le poète Max Jacob. Ce que j'ai tenté sans imaginer que de ce minuscule cornet de métal rouleraient tant de muscades. Celui qui se pique de poésie est nu et sans défense. Avec ce dé appuyé contre ma plume ou ma pointe Bic serai-je demain moins vulnérable ? Trouverai-je enfin le fil à repêcher la mère qui a l'œil tout rond ? "

    Ce que j'en pense :

    Ça fait du bien de lire un tel livre avec une écriture magnifique qui n'empêche pas l'émotion. L'auteur joue, rebondit sur des mots, des paroles de chansons, des bruits... pour nous faire découvrir et aimer cette femme, qui pourrait être notre mère. Voilà un livre qu'on a envie de lire en dégustant chaque phrase. Magnifiques illustrations du peintre Camelus.

    Au fil de ma mère

    Au fil de ma mèreAu fil de ma mère

     Au fil de ma mère

     

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  • La sorcière

    "La sorcière" de Camilla Lackberg - Actes Sud (actes noirs)

    Présentation de l'éditeur :

    Une fillette de quatre ans disparaît de la ferme isolée de ses parents. Après une longue battue, Nea est retrouvée nue sous un tronc d’arbre dans la forêt, assassinée. Fait troublant : la fillette se trouvait à l’endroit où, trente ans plus tôt, avait été découvert le corps sans vie de la petite Stella, une fillette du même âge qui habitait la même ferme. À l’époque, deux ado­lescentes, Marie et Helen, avaient été condamnées pour le meurtre : elles avaient avoué avant de se rétracter. Désormais mariée à un militaire autoritaire et psychopathe, Helen mène une vie recluse, non loin de la ferme, dans l’ombre des crimes passés. La belle Marie, quant à elle, est devenue une star du cinéma à Hollywood ; pour la première fois depuis la tragé­die, elle vient de revenir à Fjällbacka pour un tournage. Cette coïncidence et les similitudes entre les deux affaires sont trop importantes pour que Patrik Hedström et son équipe puissent les ignorer, mais ils sont encore loin de se douter des répercus­sions désastreuses que va avoir leur enquête sur la petite loca­lité. De son côté, Erica Falck écrit un livre sur l’affaire Stella. Une découverte la trouble : juste avant son suicide, le policier responsable de l’enquête à l’époque s’était mis à douter de la culpabilité des deux adolescentes. Pourquoi ?

    Première page :

    "Impossible de savoir quelle vie aurait eue la fillette. Qui elle serait devenue. Quel aurait été son travail, qui elle aurait aimé, pleuré, perdu et gagné. Si elle aurait eu des enfants, et lesquels. On ne pouvait même pas imaginer à quoi elle aurait ressemblé adulte. À quatre ans, rien n’était encore terminé chez elle. Ses yeux hésitaient entre bleu et vert, ses cheveux, bruns à sa naissance, étaient à présent blonds, avec des reflets roux, et leur couleur aurait sûrement pu encore changer. C’était particulièrement difficile à dire pour le moment. Son visage était tourné vers le fond de l’étang. L’arrière de sa tête recouvert d’épais sang séché. Seules les mèches qui flottaient au-dessus de son crâne montraient leurs nuances claires.

    On ne pouvait pas dire que cette scène était sinistre. Pas plus sinistre que si la fillette n’avait pas été dans l’eau. Le bruit de la forêt était toujours le même. La lumière filtrait à travers les arbres comme d’habitude à cette heure du jour. L’eau se mouvait doucement autour d’elle, sa surface seulement troublée de temps à autre par les petits ronds concentriques d’une libellule qui s’y posait. La métamorphose avait commencé et, peu à peu, elle ne ferait plus qu’un avec la forêt et l’eau. Si personne ne la trouvait, la nature suivrait son cours et l’assimilerait.

    Personne ne savait encore qu’elle avait disparu."

    Ce que j'en pense :

    Pourquoi vouloir toujours faire des livres de presque 700 pages alors que la moitié suffirait amplement ? C'est sans doute pour être fidèle à la ligne éditoriale de "actes noir". Tant pis si on allonge de façon artificielle l'intrigue… tant pis si on accorde moins d'attention à la traduction ! Fidèle à ses habitudes l'auteure croise plusieurs intrigues, il y en a au moins une de trop (peut être deux!). Donc : fastidieux ! car  j'ai quand même voulu aller jusqu'au bout pour émettre une critique qui "tienne" un peu.

    La sorcière

     

     

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  • Eau dormante

    "Eau dormante" de John Harvey - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Et à l’instant où Milt Jackson lève une mailloche à hauteur d’épaule pour frapper la première note, le biper attaché à la poche intérieure de l’inspecteur lance comme une intrusion son insistante sonnerie. Charlie Resnick n’assistera pas au concert. Le cadavre d’une jeune femme vient d’être retrouvé dans le canal. Rien ne permet de l’identifier. Elle restera la « noyée fantôme », un dossier en souffrance. Pourtant Resnick a bientôt des raisons de s’inquiéter pour une autre femme : Jane Peterson, une amie de sa compagne Hannah, a disparu. Jane est l’épouse d’un dentiste renommé et cultivé, d’une brutalité insoupçonnée, qui la persécute et la frappe. A mesure que Resnick cerne la vérité sur cette disparition, sa propre relation avec Hannah résonne comme un écho à son enquête, placée sous le signe des difficiles rapports entre hommes et femmes.

    Première page :

    "C’était le soir où Milt Jackson était venu à Nottingham : Milt Jackson qui, pendant plus de vingt ans, avait appartenu à l’une des plus célèbres formations de jazz du monde, le Modem Jazz Quartet ; qui était entré en studio le 24 décembre 1954, en compagnie de Miles Davis et Thelonious Monk, pour enregistrer l’un des morceaux préférés de Resnick, Bag’s Groove ; ce même Milt Jackson qui se tenait à présent derrière son vibraphone sur la scène de la Salle 2 du Centre culturel Broadway, invité avec son nouveau quartet dans le cadre du Festival du Film et du Jazz organisé par le Centre ; Milt, bel homme élégant dans son costume gris sombre, un mouchoir noir plié en pointe dépassant de sa poche de poitrine, cravate à fleurs, une large alliance à son annulaire reflétant la lumière alors qu’il tend la main pour saisir les mailloches jaunes posées sur son instrument ; Milton « Bags » Jackson, né à Detroit, Michigan, le premier de l’an 1923, et dont l’allure ne laisse en rien deviner ses soixante-treize ans, qui se tourne à présent pour adresser un signe de tête au jeune pianiste – jeune, relativement. Dans l’auditorium bondé, le public, dont Resnick fait partie, retient son souffle. Et à l’instant où Milt Jackson lève une mailloche à hauteur d’épaule pour frapper la première note, le biper attaché à la poche intérieure de l’inspecteur lance comme une intrusion son insistante sonnerie."

    Ce que j'en pense :

    On retrouve dans ce neuvième épisode de la série des Ressnik les personnages devenus familiers. C'est une lecture "tranquille" avec un inspecteur tolérant, chargé d'humanité. 

    Eau dormante

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  • Petit éloge de lecteurs

    "Petit éloge de lecteurs" de Pef - folio

    Présentation de l'éditeur :

    "Je vais de ma plume survoler l'immense petit peuple de mes lecteurs. Je jetterai mes filets à souvenirs décalés. Ma vue, parfois, me jouera des tours, le temps aussi... Le jeu de mes rencontres échappe aux lieux, aux objectifs, aux impératifs de la pédagogie. Je ne peux, comme dans les cours d'école, ordonner aux enfants de se mettre en rang par deux au tintement de la cloche ou à la sonnerie d'usine du savoir lire, écrire, compter et fabriquer des avions de papier au vol fugace de quelques pauvres secondes. Une activité que j'aimerais encore partager avec eux, car luit dans le regard de chaque écolier qui s'y essaie l'image furtive d'une petite victoire sur l'impossible". Dans ce texte-voyage, Pef ravive par l'écriture le souvenir de mille et une rencontres - émouvantes, graves ou insouciantes - avec ses lecteurs, petits et grands...

    Première page :

    "Avec vue sur le balcon du ciel

    À Blagnac, banlieue de Toulouse, existe une friche métallisée riveraine de la nurserie des Airbus. Sur le panneau de l’entrée, un titre nostalgique : Les ailes anciennes. Mes ailes, à moi, le sont tout autant. Le gardien du lieu, en ce jour de juillet, est un petit bonhomme, sans doute un mécanicien retraité du Royal Cambouis.

    Sur son crâne chauve, une rustine large comme la main, un gros pansement. Où s’est-il cogné ? A-t-il chopé un mal invisible derrière cette porte de sparadrap ? Il me tend le plan de ce jardin des airs, de ce jardin désert où reposent une cinquantaine de vieux avions, poissons d’argent remisés entre ciel et terre, que j’ai connus au temps de leur splendeur en mon adolescence, au mitan de l’autre siècle. Ils attendent une hypothétique résurrection muséale. Me voici englouti dans ce passé industriel de ruines métalliques. Mais revenu à la vitesse du son vers mes neuves années dont la mémoire aviatrice est intacte, toujours disponible et soudain libérée. Avec vue sur le balcon du ciel où ces oiseaux rares se donnaient parfois en spectacle au fil des meetings annuels du Bourget.

    Engins de mort ou avions de ligne, ils ont disparu derrière un horizon toujours en mutation d’époque. "

    Ce que j'en pense :

    C'est un livre truffé d'anecdotes prises au gré des animations et voyages que l'auteur a fait. Très belle écriture, plaidoyer  pour une écriture inventive, complètement libre des contraintes des institutions. Cela s'adresse plutôt aux adultes. Pef nous parle de son expérience d'écrivain et nous renvoie à nos souvenirs de lecteur.

    Petit éloge de lecteurs

    Petit éloge de lecteursPetit éloge de lecteurs

     

     

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  • Proie facile

    "Proie facile" de John Harvey - Rivages/Noir

    Présentation de l'éditeur :

    Au foyer pour jeunes délinquants où il attend d'être jugé pour sa participation à un cambriolage qui a mal tourné, on retrouve le jeune Nicky Snape, quinze ans, pendu dans les douches. C'est l'inspecteur Charlie Resnick qui avait procédé a son arrestation, mais l'affaire est confiée a Bill Aston, un officier de police dénué d'imagination qui attend la retraite. Lorsque l'enquête provoque un meurtre sanglant sur les berges du fleuve, les craintes de Resnick se révèlent fondées. Lui-même sera chargé d'enquêter sur une série de viols particulièrement brutaux dont les victimes sont des hommes. Il aura ainsi l'occasion de rencontrer Hannah Campbell, l'un des professeurs de Nicky. Et, au milieu de toutes ces horreurs, Resnick s'apercevra qu'il est en train de tomber amoureux. Suite de la chronique de l'inspecteur jazzophile, «Proie facile »est le roman préféré de John Harvey.

    Première page :

    "– Si jamais je t’attrape, espèce de petit salopard, je te tords le cou !

    Tels furent les derniers mots que dit Norma Snape à son plus jeune fils ce jeudi-là. Comme beaucoup d’autres moments de la vie de Norma, leur souvenir allait la hanter longtemps, tels des doigts crispés par la colère lui labourant la gorge, encore et encore, presque jusqu’à l’étouffer. Quant à Nicky… Entre le claquement de la porte et l’éclat de son propre rire, sonore et haut perché, on peut douter qu’il ait entendu quoi que ce soit.

    Cela avait commencé comme bien souvent, les quatre membres de la famille trébuchant les uns sur les autres dans leur petite maison mitoyenne à la façade plate : Sheena, la sœur de Nicky, sortant enfin de la salle de bains et claquant les portes d’une pièce à l’autre à la recherche d’un chemisier propre, de sa cotte verte d’usine, de sa chaussure droite ; Nicky, quinze ans à peine, descendant l’escalier quatre à quatre en braillant la chanson du walkman accroché à la ceinture de son jean. « M’man, t’as vu mon chemisier ? » lança Sheena. « M’man, où est passé le pain grillé ? » « M’man, je croyais que tu devais repasser ça. » Seul son aîné, Shane, cheveux blonds et yeux gris ardoise, dix-huit ans dans huit jours, gardait le silence…"

    Ce que j'en pense :

    C'est un voyage dans les bas fonds des villes anglaises après le passage du libéralisme à la Thatcher : chômage, misère, délinquance… Ressnick a beaucoup d'empathie pour ces populations qui essaient de survivre le mieux possible. Le contenu de ce huitième tome des enquêtes de l'inspecteur est un peu plus "saignant" que d'habitude. Même si l'intrigue prend son temps le suspens est maintenu tout au long du livre.

    Proie facile

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  • Noir américain

     

    "Noir américain" de Armand Cabasson - Thierry Magnier

    Présentation de l'éditeur :

    Quand le rêve américain tourne au cauchemar, c'est tout le monde moderne qui vacille. En dix nouvelles à suspense, passant du pur thriller au polar psychologique, ce recueil coup de poing trace un portrait au vitriol d'une Amérique qui part en roue libre. Tueurs à la recherche de la rédemption, policiers en déroute, prisonniers hantés par leurs démons intérieurs, Monsieur Tout-Le-Monde en quête du sens de la vie dans la violence... Noir américain est un recueil de récits noirs, très noirs, qui feront date en littérature policière.

    Extrait :

    "Grapp, c'est mon monstre. C'est un vrai monstre et il existe pour de vrai mais il n'y a que moi qui peux le voir. (...) Il peut avoir plein de formes différentes parce qu'il est polymorphe protéiforme. C'est ma maîtresse qui m'a appris ces deux mots qui veulent dire qu'on peut se transformer comme on veut. Ça l'a amusée que je lui pose des questions sur le pouvoir de transformation. Je lui ai dit que c'était au sujet d'un monstre. Elle a souri et elle m'a demandé si je le lui présenterais. J'ai dit non vu que ça pouvait être dangereux. Elle m'a répondu qu'elle comprenait et qu'elle attendrait que mon monstre soit apprivoisé. Ben c'est pas un chat, quand même, que je lui ai dit !

    Ce que j'en pense :

    C'est bien fait, l'auteur respecte les règles de la nouvelle, mais il manque l'essentiel, sauf dans la première et la dernière nouvelle. Tout cela semble assez formel. On a beaucoup de mal à faire corps avec les personnages, les situations. On se demande également pourquoi tout cela se situe aux USA (pour mieux attirer les lecteurs sans doute!)

    Noir américain

     

     

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  • Ar-Men l'enfer des enfers

    "Ar-Men, l'enfer des enfers" de Emmanuel Lepage - Futuropolis

    Présentation de l'éditeur :

    La nouvelle bande dessinée d’Emmanuel Lepage : une plongée fantastique dans le plus mythique des phares, Ar-Men ! 
    Ar-Men est le phare le plus exposé et le plus difficile d’accès de Bretagne, c’est-à-dire du monde. On le surnomme « l’Enfer des enfers ». Mêlant fiction, documentaire et légendes, épopée autant que récit intimiste, Emmanuel Lepage livre un récit de forte intensité. Couleurs somptueuses, images à couper le souffle : Emmanuel Lepage au sommet de son art.

    Extrait :

    Ar-Men l'enfer des enfers

     

    Ce que j'en pense :

    Très bel ouvrage, admirablement dessiné, qui mêle réalité et fiction. On découvre qu'en grattant un peu le réel (au sens propre comme au figuré) on peut découvrir toute une histoire. Ce phare est devenu mythique. Cet album y participe même si je pense que rien ne vaut le livre de Jean Pierre Abraham (écrit en 1967, réédité en 1988).

    Ar-Men l'enfer des enfers

    Ar-Men l'enfer des enfersAr-Men l'enfer des enfersAr-Men l'enfer des enfers

     

     

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  • Il faisait loup

     "Il faisait loup" de jean-Pierre Sautreau et Henry-Pierre Troussicot - Opéra

    Présentation de l'éditeur :

    L'un use du stylet, l'autre du stylo. D'où ça surgit cette envie de creuser ? Chacun d'eux grave à sa manière, l'un la plaque de cuivre, l'autre la page vierge d'où jailliront en noir et blanc leurs rêveries de promeneurs solitaires. Henry-pierre Troussicot, le graveur, et Jean-Pierre Sautreau, le poète, ont décidé d'associer leurs univers pour mêler les maux de l'un aux mots de l'autre, entrecroisant leurs nostalgies respectives de l'enfance pour déplacer la réalité et renverser l'encre sur les choses.

    « Noir et blanc pour l'infini des couleurs de son pays, Henry-Pierre Troussicot laisse une empreinte bien à lui dans le monde de la gravure. Toutes ces scènes sont de petits chefs-d'œuvre, des portes ouvertes sur le rêve, la joie et la vie. » Magazine Pratique des Arts.

    Extrait :

    Il faisait loup

     

     

     

     

     

     

     

     

     Comme chaque matin, la lampe avait inondé très tôt le cahier. La maison était encore dans sa ouate. J'avais griffonné quelques mots en urgence de naître, d'ouvrir leur sillon. Puis j'avais allumé la radio, posé mon bol sur la table de la cuisine. Rituels. Manies de survivant. Le monde autour de ma petite planète de terre cuite et moi le nez dedans avec des fourmillements de poète et une étrange persévérance à vouloir déplacer la réalité, renverser l'encre sur les choses. 

     

    Ce que j'en pense :

    Très beau livre qui marie merveilleusement textes et gravures. Après l'avoir lu on a envie d'y retourner … et on y retourne pour goûter de façon encore plus fine "le stylet et le stylo". C'est de la poésie, même si on ne peut définir vraiment ce qu'est la poésie. On reconnait la poésie au plaisir qu'elle procure après chaque relecture.

    Il faisait loup

    Il faisait loupIl faisait loupIl faisait loup

     

     

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